Le Porteur de Mort, T.1 : L’apprenti – Angel Arekin

À 17 ans, Seïs Amorgen est nommé pour intégrer la plus grande confrérie du royaume d’Asclépion.

S’il accepte, il deviendra l’un des guerriers les plus éminents de la monarchie.

S’il refuse, il restera le gamin frivole et arrogant qui fraye avec les bandits de sa ville natale.

Alors que l’ombre du Renégat s’étend sur sa terre d’origine, Seïs va devoir prendre la décision qui bouleversera sa vie et, bientôt, il devra faire face à ses propres démons.

En janvier 2020, après avoir terminé le deuxième tome de Le Porteur de Mort, j’avais décidé de laisser quelque temps Seïs Amorgen et ses compagnons poursuivre leur route sans moi. Le cinquième opus de cette hexalogie devait paraître quelques jours plus tard et je souhaitais simplement patienter jusqu’à ce que l’ensemble de la saga soit disponible pour pouvoir enchaîner les volumes restants. Seulement, les années ont passé, entraînant avec elles une panne de lecture de près de deux ans, de nouveaux centres d’intérêt et quelques changements dans mon quotidien professionnel. Mon lieu de travail s’étant considérablement rapproché de mon domicile, les longs trajets qui me permettaient autrefois de dévorer des livres audio ont également disparu. Sans véritablement m’en rendre compte, j’avais laissé derrière moi un univers que je m’étais pourtant juré de retrouver.

Il y a quelques jours, alors que je parcourais le catalogue Audible malgré la centaine de crédits qui attendent encore d’être utilisés sur mon compte, mon regard s’est arrêté sur un titre qui m’était particulièrement familier. L’Apprenti, premier tome de la formidable saga d’Angel Arekin, était là, comme une invitation à renouer avec une aventure interrompue depuis bientôt sept ans. Il ne m’en fallait pas davantage pour me lancer avec un enthousiasme difficile à dissimuler dans une seconde écoute de ce roman dont je conservais un souvenir particulièrement élogieux.

Dès les premières minutes, les voix de Vincent de Boüard, qui demeure à mes yeux le meilleur narrateur du catalogue Audible, et de Karl-Line Heller ont suffi à faire renaître cette sensation si particulière que j’avais éprouvée lors de ma première découverte. Quel immense plaisir de retrouver la plume d’Angel Arekin, que je considère sans la moindre hésitation comme l’une des plus grandes autrices qu’il m’ait été donné de découvrir au cours de ces trente dernières années ! Son talent dépasse largement la simple maîtrise des mots et des mécanismes narratifs. Elle possède cette faculté extraordinaire de donner une existence propre à ses créations, de leur insuffler une personnalité, une histoire et des émotions si tangibles que l’on finit par oublier qu’elles sont nées de son imagination. Angel Arekin est une véritable conteuse, de celles qui semblent connaître intimement chaque personnage qu’elles mettent en scène, jusque dans ses contradictions les plus profondes.

Et comment évoquer cette réussite sans parler de Seïs Amorgen, cet adolescent impétueux, orgueilleux, parfois exaspérant, dont le caractère constitue précisément une grande partie du charme ? J’ai pris un plaisir immense à retrouver ce jeune homme dont les certitudes, les maladresses et les réactions donnent une dimension profondément humaine à son apprentissage. Ses défauts occupent une place essentielle dans sa personnalité et participent pleinement à son évolution, tandis que les relations qu’il entretient avec son entourage apportent à l’intrigue une authenticité remarquable. On s’attache à lui, on s’agace de certaines de ses décisions, on sourit devant son comportement et, surtout, on éprouve cette irrésistible envie de l’accompagner dans chacune des épreuves qui l’attendent. Cette proximité avec les personnages est certainement l’une des plus belles qualités du roman.

L’immersion est d’ailleurs si naturelle que je n’ai jamais eu le sentiment de découvrir une histoire artificiellement construite pour les besoins d’un récit. Chaque événement, chaque rencontre et chaque échange semblent trouver spontanément leur place dans un ensemble dont les rouages fonctionnent avec une précision remarquable. À plusieurs reprises, j’ai même eu cette étrange impression qu’Angel Arekin se contentait de retranscrire des événements auxquels elle avait personnellement assisté, ou qu’elle avait recueilli les confidences de ceux qui les avaient vécus. Cette sensation de réalité, particulièrement précieuse dans un univers de fantasy, témoigne selon moi d’une maîtrise narrative exceptionnelle.

Un autre élément mérite que l’on s’y attarde, tant mon regard sur celui-ci a évolué depuis 2020. À l’époque, l’absence de chapitres clairement délimités m’avait quelque peu dérangé dans sa version audio. Aujourd’hui, je considère cette particularité comme une véritable réussite. Le récit s’écoule avec une fluidité remarquable, permettant aux événements de s’enchaîner naturellement, sans interruption susceptible de nous arracher à l’atmosphère dans laquelle nous sommes plongés. Seules les transitions entre les différents cycles, qui accompagnent notamment certains changements de narration, viennent discrètement marquer le déroulement de l’histoire. Ces passages sont amenés avec suffisamment de subtilité pour préserver cette impression de continuité, comme si nous suivions les protagonistes au quotidien, témoins privilégiés de leurs aventures, de leurs conversations et de leurs découvertes.

Je tiens enfin à souligner l’extraordinaire travail de construction réalisé par Angel Arekin autour de son univers. Derrière chaque lieu, chaque élément de son organisation et chaque particularité de ce monde, on devine une préparation considérable, une réflexion menée bien avant que les premières lignes du roman ne soient couchées sur le papier. L’intrigue de L’Apprenti se déroule pourtant principalement dans deux espaces relativement restreints, ce qui aurait facilement pu donner l’impression d’un univers limité aux seuls besoins immédiats de l’histoire. Or, tout semble exister bien au-delà des endroits que nous découvrons. On perçoit une géographie, un passé, des règles et des enjeux qui dépassent largement le cadre de ce premier volume. Les personnages évoluent dans un environnement qui possède sa propre cohérence et dont les frontières semblent constamment reculer à mesure que notre curiosité grandit.

Cette richesse laisse entrevoir des possibilités narratives absolument vertigineuses et nourrit une impatience grandissante à l’idée d’explorer les territoires, les secrets et les mystères qui nous attendent dans les tomes suivants. J’ai également la conviction qu’Angel Arekin ne laisse rien au hasard et que plusieurs détails, parfois glissés presque innocemment au détour d’une conversation ou d’une description, trouveront leur véritable signification bien plus tard. Certains pourraient même jouer un rôle déterminant dans le dénouement de cette hexalogie. Je n’en possède évidemment aucune certitude, puisque je n’avais pas dépassé le deuxième tome lors de ma première découverte, mais la minutie avec laquelle cette histoire est construite me pousse à accorder une attention particulière au moindre élément.

Presque sept années se sont écoulées depuis ma première rencontre avec Seïs Amorgen, et cette seconde écoute vient confirmer, avec une intensité que je n’avais pas anticipée, tout le bien que je pensais déjà de ce roman. Retrouver cet univers, ces personnages et cette écriture si vivante a quelque chose de profondément réjouissant. Une chose est désormais certaine, je compte bien accompagner Seïs jusqu’au terme de son aventure et découvrir enfin ce qu’Angel Arekin lui réserve au bout du chemin.

Note : 5 sur 5.

Si vous avez rédigé une chronique littéraire au sujet de ce roman, n’hésitez pas à me contacter afin que je puisse la mettre en avant ici-même.


Votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.