
Autrice : Freida McFadden
Maison d’édition : City
Année de parution originale : 2026
Prix : 22,00 € (broché), 5,99 € (numérique)
Durée de lecture : Environ 4 heures (334 pages)

La petite maison de Casey, perdue au cœur de la forêt, n’est pas faite pour affronter la tempête qui s’abat cette nuit-là. Le vent hurle, les murs tremblent… et quelqu’un observe. Depuis sa fenêtre, Casey aperçoit une jeune fille, seule. Couverte de sang, un couteau à la main, elle refuse de dire qui elle est et d’expliquer ce qui s’est passé.
Malgré tout, Casey décide de l’aider. Mais au fil des heures, les incohérences s’accumulent. Quelque chose ne colle pas. Et lorsqu’elle fait, au milieu de la nuit, une découverte qui lui glace le sang, il est déjà trop tard.
Car cette jeune fille cache un secret. Un secret pour lequel elle est prête à tout. Et si Casey s’approche trop près de la vérité, elle pourrait bien ne jamais voir le soleil se lever…

En refermant L’Intruse, j’ai éprouvé cette étrange sensation de retrouver un chemin que je connaissais déjà par cœur, avec ses détours soigneusement calculés, ses fausses pistes trop ostensibles et cette destination que l’on prétend nous dissimuler alors qu’elle se dessine, avec une évidence presque embarrassante, dès les premiers chapitres.
Ceux qui me lisent régulièrement connaissent la sévérité avec laquelle j’accueille les romans de Freida McFadden, dont je déplore depuis longtemps la tendance à reproduire une mécanique narrative qui, pour avoir connu son heure de gloire, me semble aujourd’hui épuisée. L’autrice affectionne particulièrement ce renversement des apparences qui consiste à présenter un personnage sous les traits rassurants de la vertu, avant de révéler progressivement la noirceur qu’il dissimule, tandis que celui sur lequel reposaient tous les soupçons se découvre finalement bien moins coupable qu’on ne voulait nous le faire croire. Une formule parfaitement identifiable, répétée avec une telle constance qu’elle en devient presque une signature, au risque de transformer chaque nouvelle publication en une variation laborieuse d’une histoire que nous avons déjà lue.
Je tiens pourtant à aborder chaque roman avec cette disponibilité d’esprit que j’estime indispensable à l’exercice de la critique littéraire, car il serait profondément injuste de condamner une œuvre au seul motif que les précédentes ne nous ont pas convaincus. J’ai donc ouvert L’Intruse avec l’espoir sincère que Freida McFadden saurait enfin me dérouter, qu’elle trouverait dans cette nouvelle intrigue les ressources nécessaires pour échapper à ses propres habitudes et me rappeler ce plaisir si particulier que procure un thriller lorsque, parvenu à sa dernière page, le lecteur découvre avec émerveillement combien il s’était trompé.
Il serait tout aussi malhonnête de prétendre que ce roman ne possède aucune qualité, et je reconnais volontiers à son autrice une aptitude certaine à rendre la lecture accessible à un public qui ne fréquente pas nécessairement les librairies avec assiduité. Son écriture, dépourvue de véritables ambitions stylistiques, repose sur un vocabulaire particulièrement limité, des chapitres courts et une succession d’événements qui invitent à poursuivre sa lecture sans exiger du lecteur une attention considérable. Cette simplicité, que certains considéreront comme une vertu, permet assurément de parcourir le récit avec une rapidité déconcertante, tandis que l’enchaînement des situations suffit à entretenir une forme de curiosité qui nous préserve généralement de l’ennui.
Je demeure néanmoins perplexe devant cette idée, si souvent défendue, selon laquelle il faudrait proposer des œuvres d’une pauvreté littéraire aussi manifeste pour donner aux personnes peu habituées à lire le goût de la littérature. À mes yeux, découvrir le bonheur de la lecture devrait également signifier rencontrer la beauté d’une phrase, éprouver la richesse d’une langue, sentir qu’un écrivain possède cette faculté merveilleuse de donner une forme nouvelle à des émotions que nous pensions connaître. Je peine à comprendre pourquoi l’accessibilité devrait s’accompagner d’un tel renoncement aux exigences de l’écriture, comme si le lecteur débutant devait nécessairement se contenter d’une littérature réduite à sa fonction la plus élémentaire, celle de raconter une histoire sans jamais véritablement chercher à l’élever.
Hélas, cette facilité de lecture constitue à peu près le seul mérite que je sois disposé à reconnaître à L’Intruse, dont l’intrigue reproduit avec une application presque désolante les procédés auxquels Freida McFadden nous a habitués.
Nous découvrons une femme apparemment bienveillante, dont la situation semble devoir susciter notre compassion, tandis qu’une adolescente inquiétante fait son apparition, un couteau à la main et un carnet rempli de dessins monstrueux parmi ses affaires. Tout semble avoir été disposé pour nous inspirer la méfiance envers cette jeune fille, dont les comportements et les possessions composent un portrait volontairement alarmant, pendant que l’autre protagoniste bénéficie de cette innocence apparente que l’autrice prend un plaisir si particulier à distribuer à ses personnages les moins recommandables. Seulement, lorsque l’on connaît les habitudes de Freida McFadden, cette accumulation d’indices accusateurs produit exactement l’effet inverse de celui recherché, puisqu’il suffit désormais qu’un personnage paraisse trop innocent pour que je commence à me demander ce qu’il cherche à dissimuler.
La prétendue victime devient ainsi la principale suspecte à mes yeux, tandis que celle que tout désigne comme une menace acquiert, paradoxalement, une crédibilité croissante à mesure que le récit tente de nous persuader de sa dangerosité. Cette inversion des rôles, qui aurait sans doute pu me surprendre il y a quelques années, ne possède plus aujourd’hui la moindre efficacité, tant elle découle d’un procédé que l’autrice semble incapable de remettre en question.
Je conserve pourtant un souvenir agréable de ma découverte de La Femme de ménage, dont les révélations avaient su éveiller mon intérêt et me procurer cette satisfaction propre aux intrigues qui parviennent à déjouer nos certitudes. Mais ce plaisir appartenait à une époque où je ne connaissais pas encore les mécanismes de l’autrice, avant que leur répétition ne finisse par dissiper le mystère et transformer la surprise en simple formalité. Il est regrettable qu’une écrivaine dont la réputation repose aussi largement sur l’art du retournement de situation ait fini par rendre ses dénouements aussi facilement prévisibles, car le véritable talent d’un auteur de thrillers réside précisément dans cette capacité à ébranler nos convictions sans que nous puissions apercevoir les ficelles qu’il manipule.
À aucun moment, je n’ai véritablement douté de la direction que prenait cette histoire, et les révélations successives n’ont fait que confirmer des intuitions formulées bien avant que l’autrice ne juge opportun de nous dévoiler ce qu’elle considérait manifestement comme ses plus grandes surprises.
Je lui accorderai néanmoins la volonté d’avoir introduit une intrigue secondaire, vraisemblablement destinée à renouveler quelque peu les ressorts de son récit, même si cette tentative m’a laissé profondément indifférent. La romance qui vient se greffer à l’histoire semble évoluer dans un univers qui lui appartient, sans apporter aux personnages cette épaisseur psychologique qui leur fait cruellement défaut, ni enrichir sensiblement la progression dramatique. Sa présence paraît surtout destinée à préparer un épilogue dont l’inutilité m’a frappé, tant il donne le sentiment d’avoir été ajouté pour offrir une dernière révélation à un lecteur qui n’en demandait plus. J’aurais préféré que cette énergie soit consacrée à approfondir l’intrigue principale, dont les faiblesses deviennent d’autant plus visibles que l’on cherche à détourner notre attention par des développements secondaires dépourvus de véritable nécessité.
Je trouve cette situation d’autant plus regrettable que Freida McFadden bénéficie aujourd’hui d’un succès commercial considérable, qui devrait lui permettre d’explorer librement de nouveaux horizons narratifs, de prendre quelques risques et de s’affranchir de cette formule dont elle semble être devenue la première prisonnière. Avec un rythme de publication particulièrement soutenu, qui donne parfois le sentiment que deux ou trois nouveautés doivent impérativement voir le jour chaque année, elle entretient une relation singulière avec un lectorat toujours plus nombreux, dont une partie n’hésite pas à lui décerner le titre de reine du thriller.
Cette consécration populaire, que je ne songe nullement à contester dans sa réalité, m’interroge cependant sur la manière dont nous envisageons désormais la valeur d’une œuvre littéraire, à une époque où la visibilité médiatique et l’enthousiasme des réseaux sociaux semblent parfois suffire à établir une réputation. Je regarde avec une certaine inquiétude cette course permanente aux nouveautés, où les livres se succèdent à un rythme effréné, où l’on célèbre davantage le nombre de romans dévorés que la profondeur des émotions qu’ils ont suscitées, et où certaines œuvres paraissent condamnées à disparaître de nos mémoires presque aussitôt leur dernière page tournée.
La littérature mérite, me semble-t-il, une considération plus exigeante que celle que nous lui accordons lorsque nous acceptons de retrouver indéfiniment les mêmes personnages interchangeables, les mêmes artifices et les mêmes dénouements sous prétexte qu’ils nous permettent de passer quelques heures agréables. Je ne reproche évidemment à personne de rechercher dans un livre un simple divertissement, puisque la lecture doit demeurer une liberté et un plaisir, mais je refuse de considérer qu’une œuvre devient nécessairement remarquable parce qu’elle s’écoule à des centaines de milliers d’exemplaires ou qu’elle suscite un enthousiasme collectif savamment entretenu.
Je comprends parfaitement, en revanche, pourquoi une autrice qui a découvert une recette aussi lucrative pourrait éprouver quelque réticence à la modifier, puisque les exigences de la création littéraire ne semblent guère peser face à la certitude de retrouver, publication après publication, un public fidèle et disposé à acheter presque aveuglément chacune de ses nouveautés. Il serait sans doute bien difficile de renoncer à un succès aussi confortable, même lorsque celui-ci repose sur la répétition obstinée de procédés qui ont depuis longtemps perdu toute originalité.
Je souhaite enfin évoquer une question que je laisse habituellement de côté dans mes chroniques, mais qui a considérablement renforcé mon amertume à l’égard de cette lecture, celle du prix auquel les éditeurs choisissent de commercialiser les ouvrages numériques.
Ayant pris l’habitude de précommander la plupart de mes lectures sur Kobo, j’ai acheté L’Intruse dès sa parution, en déboursant la somme de 14,99 €, convaincu que cette dépense était le prix ordinaire à consentir pour découvrir immédiatement une nouveauté attendue. J’ai cependant constaté, quelque temps plus tard, que ce même fichier numérique était proposé à 11,99 €, avant de voir son tarif descendre jusqu’à 5,99 €, soit une diminution suffisamment importante pour susciter chez moi quelques interrogations quant à la politique commerciale appliquée à ce titre.
Je sais parfaitement que les prix évoluent, que les promotions constituent une pratique courante et qu’un éditeur demeure libre d’adapter ses tarifs aux réalités du marché, mais je trouve malgré tout difficile de ne pas éprouver un certain sentiment d’injustice lorsqu’un achat effectué dès la sortie se révèle, par la suite, aussi sensiblement plus onéreux. Cette expérience renforce surtout mon impression que la véritable valeur marchande de ces romans repose davantage sur la puissance commerciale du nom de Freida McFadden que sur les qualités littéraires de chacun de ses ouvrages.
Les lecteurs les plus impatients, parmi lesquels je reconnais volontiers m’être trouvé, acceptent ainsi de payer le prix fort pour satisfaire leur curiosité, tandis que ceux qui savent attendre bénéficient finalement d’un tarif autrement plus raisonnable. Je ne peux m’empêcher d’y voir une manière de tirer le meilleur parti d’un engouement collectif, quitte à laisser aux premiers acheteurs le désagréable sentiment d’avoir payé leur enthousiasme au prix fort.
Et lorsque je songe que j’ai déboursé près de quinze euros pour un roman dont j’avais anticipé l’essentiel des révélations, dont les personnages ne m’ont inspiré aucun véritable attachement et dont l’écriture ne m’a procuré aucun plaisir particulier, je me dis que cette expérience aura finalement coûté bien cher pour une déception aussi prévisible.
Au terme de cette lecture, L’Intruse ne fait donc que confirmer les réserves que j’exprime depuis longtemps à l’égard de Freida McFadden, dont les intrigues semblent désormais prisonnières de leurs propres mécanismes et dont l’écriture, réduite à une efficacité purement fonctionnelle, me paraît incapable de donner à ses histoires une profondeur susceptible de les faire durablement exister dans la mémoire du lecteur.
Je ne doute pas que ce roman rencontrera son public, qu’il suscitera son lot de commentaires enthousiastes et que certains lecteurs continueront de célébrer le génie supposé de ses retournements de situation, mais je demeure convaincu que le succès d’une œuvre ne saurait nous dispenser d’en interroger les qualités véritables. Il me semble même que l’admiration que nous portons à la littérature nous impose de conserver cette liberté de jugement, y compris lorsque nos conclusions heurtent l’enthousiasme général.
J’aurais aimé découvrir une Freida McFadden renouvelée, capable de me faire oublier mes précédentes déceptions et de me rappeler pourquoi j’avais autrefois pris plaisir à découvrir son univers, mais je referme finalement L’Intruse avec la conviction que son autrice, à force de vouloir surprendre ses lecteurs par les mêmes procédés, a fini par nous enseigner malgré elle la meilleure façon de deviner ses secrets.
Le véritable mystère, désormais, n’est plus de savoir comment se terminera le prochain roman de Freida McFadden, mais de comprendre combien de fois elle pourra encore nous raconter la même histoire avant que ses lecteurs ne commencent, eux aussi, à en reconnaître la fin.
D’autres lecteurs en parlent :
Si vous avez rédigé une chronique littéraire au sujet de ce roman, n’hésitez pas à me contacter afin que je puisse la mettre en avant ici-même.
