E.R.A.S, T.1 : La menace des saignevies – Alan Gronsart

2143.

La Terre porte encore les cicatrices du cataclysme écologique qui l’a dévastée. Dans ce monde ravagé, les humains survivants se terrent face aux EVP, des créatures venues d’ailleurs, aussi hostiles qu’incompréhensibles.

Au cœur des montagnes aux neiges éternelles, un cri déchire le silence. Une jeune femme, unique rescapée de l’attaque d’un horrifieur, émerge dans un chaos intérieur : elle ne sait plus qui elle est. Sans passé, sans repères, incapable de comprendre l’avenir qui l’attend, elle tente de trouver sa place dans une humanité à l’agonie.

Recueillie par Haryon, un Chasseur solitaire au service de l’E.R.A.S, dernier rempart de l’espèce humaine, elle découvre un monde de dangers et de secrets. Mais son arrivée n’est pas passée inaperçue.

Lorsque des saignevies s’infiltrent dans le manoir d’Haryon à la recherche d’une mystérieuse « arme », une question s’impose. Et si cette arme, c’était elle ?

J’ai rencontré Alan Gronsart lors du salon du livre d’Aubry-du-Hainaut, paisible commune du Nord de la France. Cette rencontre n’aurait jamais dû avoir lieu. Rien, absolument rien, ne me destinait à m’arrêter devant son stand. L’atmosphère du salon, d’abord, avait tout pour me faire fuir. À peine dix minutes sur place et déjà trois auteurs m’interpellaient comme si j’étais un touriste naïf au pied de la Tour Eiffel, harponné par des vendeurs de souvenirs insistants. Impossible d’esquisser un mot, impossible même de respirer. À croire que le visiteur avait l’obligation morale de s’arrêter à chaque table, privé de sa liberté la plus élémentaire, celle de flâner. Le salon me paraissait peu accueillant, et les auteurs trop pressés de convaincre. Deux raisons suffisantes pour tourner les talons.

Pourtant, quelque chose en moi refusait de quitter les lieux sans avoir offert à chaque stand la chance d’exister. Ce fut une décision sage, presque providentielle, car j’y ai rencontré des auteurs passionnés, heureux de partager leur univers à mon rythme, sans empiéter sur mon souffle. Et puis, sans prévenir, je suis arrivé devant l’espace d’Alan Gronsart. Il n’avait pas besoin de m’appeler. Je me suis avancé instinctivement, comme si mes pas m’avaient précédé dans ma décision. À peine arrivé, je lui demandais déjà de dédicacer le livre que je tenais. Je n’avais pas encore tourné une page et je savais déjà que j’allais aimer cette rencontre.

Je viens de refermer son roman après un voyage étonnamment doux dans un univers pourtant hostile. Alan Gronsart possède cette qualité rare, presque précieuse, d’immerger le lecteur grâce à une plume fluide, franche, vivante. Certes, quelques descriptions s’étirent avec la lenteur d’une respiration profonde, mais jamais elles n’écrasent le récit. Elles participent à l’atmosphère, à cette installation progressive qui fait de ce premier tome une longue entrée en matière, assumée et bénéfique. On y apprend les personnages comme on apprend une maison, pièce après pièce, jusqu’à s’y sentir chez soi. Cette construction crée une impression singulière, celle d’un constant trop peu, d’une attente douce et impatiente qui pousse à tourner chaque page avec avidité. Une lecture addictive, presque capricieuse, difficile à abandonner tant l’attachement se tisse.

J’ai aimé cette lenteur, cette approche patiente, comme si le lecteur faisait lui-même ses premiers pas dans un monde étranger. Haryon et Séléna s’installent immédiatement dans la mémoire, avec une présence quasi palpable. Quant à Eve, je l’avoue sans détour, elle m’a conquis dès sa première apparition. L’intrigue, elle, se déploie avec cohérence. L’auteur y glisse, j’en suis convaincu, des indices minuscules, invisibles à l’œil pressé, mais appelés à devenir essentiels dans la suite de la saga. À la manière de J.K. Rowling qui, dès les premières pages de sa série, préparait l’ombre des horcruxes sans prévenir personne, Alan Gronsart construit patiemment une mécanique dont nous n’apercevons que les rouages les plus visibles.

Mais lorsque je suis autant immergé dans un récit, mes exigences s’aiguisent. J’observe davantage ce qui me dérange ou ce qui manque. Ici, un regret persiste. Celui du huis clos imposé presque du début à la fin. Un enfermement narratif qui, selon moi, prive l’univers de l’expansion et de la respiration qu’il mérite. La majorité du roman se déroule dans une seule pièce, parfois deux. Trois sorties tout au plus, des missions qui s’expédient comme des éclats trop vite soufflés, et des personnages secondaires qui semblent n’être là que pour leur nom, brillants par leur absence ou une utilité encore obscure. Loza. Peut-être la suite me donnera-t-elle tort. Peut-être n’avons-nous vu qu’un prélude.

Je quitte ce premier tome avec la gratitude du lecteur qui sait qu’il reviendra. Alan Gronsart a posé les fondations d’une aventure dont la suite me semble déjà indispensable. Et je suis heureux que mes pas, ce jour-là, m’aient mené jusqu’à lui.

Note : 4 sur 5.

Si vous avez rédigé une chronique littéraire au sujet de ce roman, n’hésitez pas à me contacter afin que je puisse la mettre en avant ici-même.


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