Hit by Pitch – Hellboy Dom

Après 45 ans de service à la section criminelle de Boston, Mickey Cochrane entend bien profiter de sa retraite dans sa ville natale de Bridgewater, à quelques kilomètres de là.
L’occasion de renouer avec ses amis d’enfance, refaire le monde autour d’une bière, et surtout de profiter pleinement de sa passion pour le baseball.

Le hasard fait bien les choses, peu de temps après son emménagement, les Bears de Bridgewater vont jouer la finale du Championnat universitaire de Baseball du Massachusetts. En face, leurs ennemis jurés et historiques, les Vikings de Salem State, gage d’un match sous haute tension.

À tel point qu’un joueur des Bears est retrouvé mort, atrocement mutilé, dans cette petite bourgade tranquille. Dépassé, le shérif local fait très vite appel aux conseils de Mickey, dont la retraite aura finalement été de courte durée.

Je l’avoue avec un sourire. Mes nuits sont souvent rythmées par la NBA, ce grand théâtre où des géants bondissent sous les projecteurs tandis que, de mon côté de l’écran, je grignote assez pour nourrir un banc de touche entier. Le basketball possède la vitesse, le choc, l’impulsion fulgurante. Le baseball, en revanche, m’a longtemps semblé immobile, presque somnolent.

Et puis Hellboy Dom est arrivé.

D’un coup, ce sport que je croyais monotone s’est animé. Une simple balle lancée devenait un choix décisif, un match entier, une tragédie en mouvement.

L’auteur possède cette délicatesse rare qui consiste à éclairer sans imposer, à initier sans jamais blaguer de notre ignorance. Au fil de son intrigue, il glisse des explications discrètes sur un sport que nous connaissons à peine de ce côté de l’Atlantique. Ici, en Europe, nous sommes surtout occupés à vénérer notre cher football, cette passion nationale où les joueurs accumulent les millions et où les supporters s’époumonent, se querellent et noient leurs déceptions dans la bière.

Dans Hit by Pitch, tout semble inverse. La camaraderie, la loyauté, l’esprit d’équipe redeviennent des valeurs tangibles. On comprend alors qu’il existe encore des sports où le collectif signifie quelque chose. Je remercie sincèrement l’auteur de nous ramener à cette évidence que beaucoup ont oubliée. Le sport est un lieu où les êtres humains devraient se rassembler et non s’affronter.

Pourtant, ne nous laissons pas tromper. Le baseball n’est qu’une porte d’entrée. Le cœur du roman bat ailleurs.

Hellboy Dom propose un thriller d’une intensité troublante, presque physique. Je lis des polars depuis l’enfance, habitué aux autopsies et aux visions sanglantes qui ne me font plus sourciller. J’étais pourtant loin d’imaginer ce qui m’attendait. La première scène de crime m’a saisi d’un dégoût si puissant que je pouvais sentir le goût métallique du sang et l’odeur de la mort. L’auteur ne raconte pas. Il projette. Il vous transporte sur la scène même, au pied du corps mutilé, et ce que vous découvrez s’imprime en vous comme une brûlure vive.

Puis surviennent une deuxième victime, une troisième. À chaque fois, je ne me contentais plus de lire. Je vivais la scène, comme si la douleur, la panique, la cruauté traversaient le papier pour me rejoindre. Ce que l’on imagine pouvoir infliger avec une simple cuillère paraît déjà monstrueux. Pourtant, la souffrance décrite par l’auteur appartient à un monde plus sombre, plus lointain, plus dérangé. Cette lecture m’a heurté physiquement, d’une manière inconnue jusque-là.

Heureusement, l’histoire ne se limite pas à cette noirceur. Hellboy Dom orchestre une enquête d’une précision remarquable. Chaque piste semble crédible, chaque détour parfaitement construit. Jamais il n’offre le moindre indice susceptible de révéler le coupable. Habituellement, cela m’agace. J’aime pouvoir, ne serait-ce qu’un instant, imaginer que je pourrais deviner la vérité.

Ici, tout est différent. L’auteur m’a déjoué avec une élégance redoutable. Il m’a emmené là où il le souhaitait sans que je le remarque. Et lorsque la résolution finale est apparue, inattendue, implacable de cohérence, j’ai compris que j’aurais détesté pouvoir deviner seul.
Le choc de la révélation est total. C’est la marque des grands auteurs, ceux qui vous guident discrètement vers l’évidence tout en vous laissant croire que vous êtes libre d’avancer.

Note : 5 sur 5.

Si vous avez rédigé une chronique littéraire au sujet de ce roman, n’hésitez pas à me contacter afin que je puisse la mettre en avant ici-même.


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