
Au parc, il n’est pas rare que Radija se tienne à l’écart.
Pour autant, elle ne se sent jamais vraiment seule. Car Radija vit dans son monde ; un monde peuplé de jolis mots, et de drôles d’histoires qu’elle dit tout haut.
Mais Radija a un souci.
Dans sa tête, un mot vient gâcher la fête : « Ecole« .
Demain, elle et son monde vont devoir faire leur rentrée en petite section. Un radis, ça pousse à l’école ?
Les points forts mis en avant par Casterman :
- La peur de la séparation et du déroulé de la première rentrée : un sentiment partagé par de nombreux tout-petits.
- Un album conçu sur le terrain, dans les classes, et qui sait allier justesse et poésie.
- Le merveilleux potager de personnages de la jeune et talentueuse Aurélie Fayt conjugué au texte toujours plus inventif d’Emmanuel Bergounioux.

Dès l’instant où j’ai ouvert le colis contenant cet album, mes filles de 9 et 5 ans ont immédiatement essayé de se l’approprier. Un observateur extérieur comprendrait, sans aucun doute possible, la raison de cet engouement, à savoir la beauté et le mystère qui s’échappe indiscutablement de la couverture. Je dois même vous avouer que je suis en train d’écrire ces premières lignes sans même savoir quel sera le contenu de cet album, tant je me suis également engagé dans une lutte d’appropriation (que j’ai injustement remportée). Habituellement attiré par des albums plus « réalistes », je n’avais qu’une hâte, découvrir ce qui se cachait derrière ces drôles d’oiseaux qui semblent évoluer dans un univers que j’apprécie tant, la nature sauvage.
Rassurez-vous, je ne vais pas juger de cet album uniquement à partir de sa couverture. Après avoir longuement négocié avec mes deux principales rivales, je viens de terminer la lecture à haute voix de cette intrigue qui, en tant qu’instituteur, m’a beaucoup touché.
Ce qui m’a immédiatement interpellé, c’est la cassure nette entre le texte et les illustrations. Mes enfants n’y ont pas prêté attention, mais en tant que « conteur », j’avais l’impression d’être un lecteur qui n’avait pas le privilège de pouvoir admirer le spectacle. Effectivement, le texte n’est, à mon goût, pas suffisamment intégré aux illustrations, un peu comme si un travail de collage du texte avait été effectué une fois les planches rendues par l’illustratrice. Et même lorsqu’un effort est effectué afin d’intégrer les mots aux dessins, l’arrière plan disparait totalement, un peu comme si on venait de placer un « claque texte » avec un affreux fond blanc qui détruit totalement le paysage.
Toujours avec le texte, je regrette l’absence d’une justification. Autant elle peut se justifier lorsque ce dernier s’adapte aux dessins, autant cela me donnait plutôt l’impression d’être face à l’écrit d’un jeune écolier qui n’avait pas encore découvert le bouton « justifier » dans la barre de son traitement de texte. Cela n’enlève rien à la qualité de ce qui a été écrit (et cela ne dérangera absolument pas les plus jeunes lecteurs), mais cela laisse un goût amer d’inachevé.
Ne vous méprenez pas et n’hésitez pas à ignorer les propos du vieux grincheux que je viens de vous partager. Cet album est l’une des pépites comme on en rencontre rarement au cours d’une vie de lecteur. J’aurais tellement aimé pouvoir proposer un tel ouvrage aux centaines d’enfants qui ont entamé leur scolarité (en primaire en ce qui me concerne) dans ma classe tant j’ai été profondément touché par la qualité du texte d’Emmanuel Bergounioux. Je n’avais pas vraiment l’impression de lire une histoire, mais plutôt de vivre l’aventure atypique de la jeune Radija et qui, quasiment au mot près, pourrait se transposer à chacun des petits bouts qui découvrent l’école pour la toute première fois.
A travers des péripéties loufoques et imaginaires, l’auteur est parvenu à transposer sur papier toutes les angoisses de nos bambins (car nous, parents, avons toujours aimé l’école, sans pleurer, car l’école on apprend plein de choses et on se fait plein de copains !!! Ce n’est pas le mensonge que vous avez sorti au moment de tenter de rassurer votre descendance ?).
Les illustrations sont d’une beauté poétesse et qui poussent au voyage. J’aurais tellement aimé pouvoir vivre aux côtés de tels paysages où la démesure exprime le sentiment que nous avions étant petit. N’avez-vous jamais pensé ou dit « Cela me semblait beaucoup plus grand quand j’étais enfant ? ». Ce sentiment ne m’a pas quitté un seul instant au cours de cette lecture. Un sentiment que j’aimerais tant pouvoir avoir encore aujourd’hui, cette sensation d’être une miette de pain au milieu de l’immensité de l’univers.
Radija aime bien l’école, finalement. Parce que l’on peut y devenir soi-même.
Ma note pour cette lecture : 16/20
Malgré un manque évident de liens entre le texte et les illustrations, il s’agit d’une excellente lecture à mettre entre toutes les mains.

