21 lectures contre le racisme

 

En cette période difficile, nous devrions de nous instruire davantage. Cela passe, parmi d’autres possibilités, par les livres que nous lisons. Aujourd’hui, je vais vous proposer une liste de vingt-et-un ouvrages qui amplifient les voix noires et leurs expériences et qui, selon moi, pourraient éclairer les lecteurs pour mener à bien leur parcours antiraciste.

Nous devons faire mieux, et cela doit commencer dès aujourd’hui. Il ne suffit pas de ne pas être raciste, il faut également être antiraciste et c’est grâce, en partie, à l’éducation (dans son sens large) que l’on pourra faire changer les préjugés tant implicites que explicites que nous avons. La liste que je vous présente aujourd’hui sera constituée de romans, d’ouvrages de non-fiction, mais aussi des autobiographies.

Par soucis de transparence (et de rapidité), les synopsis sont tirés de différents sites Web tels que Livraddict, Babelio, Fnac, Amazon… Certains titres n’ont pas encore été traduit en français, un peu de patience 😉.

Girl, Woman, Other – Bernadine Evaristo

Girl, Woman, Other suit la vie et les combats de douze personnages très différents. Principalement des femmes, noires et britanniques, elles racontent les histoires de leurs familles, de leurs amis et de leurs amants, à travers le pays et au fil des ans. Joyeusement polyphonique et vibrant de contemporanéité, c’est une histoire d’un genre glorieusement nouveau, un roman de notre temps : festif, toujours dynamique et tout à fait irrésistible.

La couleur pourpre – Alice Walker

Depuis leur séparation, depuis des années, Nettie et Celie, deux jeunes Noires, soeurs tendrement unies, n’ont cessé de s’écrire. Mais aucune missive, jamais, n’est parvenue ni à l’une ni à l’autre.

C’est que Celie, restée là-bas, près de Memphis, subit la loi d’un mari cruel qui déchire toutes les lettres venues d’Afrique – où Nettie est missionnaire. Alors Celie, la femme-enfant, écrira via le bon dieu, qui, lui, sait tout… Pourquoi, entre elles, cette correspondance déchirante et sans fin, obstinée, presque immatérielle?

L’oeil le plus bleu – Toni Morrison

Chaque nuit, Pecola priait pour avoir des yeux bleus. Elle avait onze ans et personne ne l’avait jamais remarquée. Mais elle se disait que si elle avait des yeux bleus, tout serait différent. Elle serait si jolie que ses parents arrêteraient de se battre. Que son père ne boirait plus. Que son frère ne ferait plus de fugues. Si seulement elle était belle. Si seulement les gens la regardaient.

Quand quelqu’un entra, la regarda enfin, c’était son père et il était saoul. Elle faisait la vaisselle. Il la viola sur le sol de la cuisine, partagé entre la haine et la tendresse. Tout aurait pu être différent pourtant si Cholly avait retrouvé son père, si Pauline avait eu une maison bien rangée comme elle les aimait, si Pecola avait eu les yeux bleus…

Publié aux États-Unis en 1970, L’œil le plus bleu est le premier roman de Toni Morrison, Prix Nobel 1993.

The walker dancer – Ta-Nehisi Coates

Racontant de façon convaincante le travail clandestin des cellules abolitionnistes enterrées dans le Sud profond du XIXe siècle, The Water Dancer est une tranche profonde et sans peur de la fiction historique des croisades.

Tout s’effondre – Chinua Achebe

Dans le village ibo d’Umuofia, Okonkwo est un homme écouté dont la puissance et le courage sont vantés par tous, un fermier prospère qui veille sur ses trois épouses et sur ses huit enfants, un sage guerrier jouissant de la confiance des anciens. Son monde repose sur un équilibre cohérent de règles et de traditions, mais l’extérieur s’apprête à violer cette réalité qui semblait immuable : les missionnaires d’abord, les colons britanniques ensuite vont bouleverser irrémédiablement l’existence de tout un peuple.

Tragique roman à la langue limpide, Tout s’effondre rend hommage à l’Afrique précoloniale à l’aube de sa décomposition. « Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, l’histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur », dit un proverbe africain. Avec cette fable cruelle, Chinua Achebe devenait l’un des premiers lions du continent à prendre la plume.

Underground Railroad – Colson Whitehead

Evocation cauchemardesque de la torpeur morale et de la brutalité irréfléchie du Sud de l’Antebellum, le récit de Whitehead retentit en même temps que la traction implacable et le mouvement désespéré du système de wagons couverts souterrains qui transportait les esclaves à travers les Etats-Unis. Furieux, sage et insupportablement poignant, The Underground Railroad est la réalisation suprême de Whitehead.

Plus noire est la mûre – Wallace Thurman

« Le drame de sa vie, c’était d’être trop noire  » : de son Idaho natal à la légendaire Harlem, en passant par Los Angeles, le périple d’Emma Lou est celui d’une soeur noire d’Emma Bovary. Forte d’une bouleversante liberté sexuelle, elle doit néanmoins apprendre que la seule façon de construire sa vie est d’opérer une plongée en elle-même, plutôt que de se résoudre aux injonctions que la société lui impose.

Dans la perspective d’une identité afro-américaine en pleine construction, Emma Lou incarne ainsi superbement la possibilité d’un destin individuel audacieux et captivant. Traduit en francais pour la premiere fois, ce roman percutant de 1929 fut le premier à s’attaquer aux préjugés sur la couleur de peau, à l’intérieur même de la race. Il devint ainsi l’un des plus lus et des plus controversés de son temps.

Mais leurs yeux dardaient sur Dieu – Zora Neale Hurston

Janie avait seize ans. Un feuillage vernissé et des bourgeons tout près d’éclore et le désir de prendre à bras-le-corps la vie, mais la vie semblait se dérober. Où donc étaient-elles, ses abeilles chanteuses à elle ?…

Du haut des marches elle scruta le monde aussi loin qu’elle put, et puis elle descendit jusqu’à la barrière et s’y pencha pour contempler la route de droite et de gauche. Guettant, attendant, le souffle écourté par l’impatience. Attendant que le monde vienne à se faire. » Il ne faudra pas moins de trois mariages et trois vies – le vieux Logan Killicks et ses sentiments trop frustes, le fringant Joe Starks et ses ambitions politiques dévorantes, puis la promesse d’égalité, l’étreinte d’amour et le frisson extatique qu’incarne Tea Cake – pour permettre à Janie d’atteindre toute la mesure de son rêve d’émancipation et de liberté.

Portrait d’une femme entière, animée par la force de son innocence, qui brave la rumeur du monde et se révèle à l’existence, Mais leurs yeux dardaient sur Dieu est un chef-d’œuvre – et l’un des tout premiers romans écrits par une Afro-Américaine. Un monument de la littérature, aussi percutant aujourd’hui que lors de sa parution aux États-Unis en 1937. À découvrir ou redécouvrir dans une traduction inédite magistrale.

La haine qu’on donne – Angie Thomas

Starr a seize ans, elle est noire et vit dans un quartier difficile, rythmé par les guerres entre gangs, la drogue et les descentes de police. Tous les jours, elle rejoint son lycée blanc situé dans une banlieue chic ; tous les jours, elle fait le grand écart entre ses deux vies, ses deux mondes. Mais tout vole en éclats le soir où son ami d’enfance Khalil est tué. Sous ses yeux, de trois balles dans le dos. Par un policier trop nerveux. Starr est la seule témoin. Et tandis que son quartier s’embrase, tandis que la police cherche à enterrer l’affaire, tandis que les gangs font pression sur elle pour qu’elle se taise, Starr va apprendre à surmonter son deuil et sa colère ; et à redresser la tête.

Queenie – Candice Carty-Williams

Coincée entre la famille britannique jamaïcaine qui ne semble pas la comprendre, un travail qui n’est pas tout ce qu’elle a promis et un homme dont elle ne peut tout simplement pas se remettre, la vie de Queenie semble être en constante escalade. Tentant désespérément de se frayer un chemin à travers un fouillis de cultures changeantes et de relations toxiques et d’en sortir avec une once de dignité, ses faux pas et ses mésaventures provoqueront des hurlements de rire et des larmes de pitié – souvent sur la même page.

Such a fun age – Kiley Reid

Lorsqu’Emira est appréhendée dans un supermarché pour avoir « kidnappé » l’enfant blanc qu’elle garde, cela déclenche une chaîne d’événements explosive. Son employeur, Alix, une blogueuse féministe avec une « marque personnelle » et les meilleures intentions, décide d’arranger les choses. Mais Emira elle-même est sans but, fauchée et se méfie du désir d’Alix de l’aider. Lorsqu’elle rencontre quelqu’un du passé d’Alix, les deux femmes se retrouvent dans une course effrénée qui va bouleverser tout ce qu’elles pensent savoir – sur elles-mêmes, sur l’autre et sur la dynamique désordonnée des privilèges.

Le racisme est un problème de blancs – Reni Eddo-Lodge

«Quand des Blancs feuillettent un magazine, surfent sur Internet ou zappent à la télévision, il ne leur semble jamais étrange de voir des gens qui leur ressemblent en position d’autorité. Les affirmations positives de la blanchité sont tellement répandues que le Blanc moyen ne les remarque même pas. Être blanc, c’est être humain ; être blanc, c’est universel. Je ne le sais que trop, car je ne suis pas blanche.»

Après l’élection de Barack Obama, certains ont proclamé l’avènement d’une société post-raciale. Avec une liberté de ton décapante, Reni Eddo-Lodge montre ici combien nous en sommes loin. Elle analyse les méfaits d’un racisme structurel persistant d’autant plus sournois qu’il avance masqué. Car le racisme va bien au-delà de la discrimination ou de l’injure personnelle. Il imprègne le récit historique, l’imaginaire collectif, les institutions et les entreprises.

Pourquoi les Blancs pensent-ils ne pas avoir d’identité raciale? Pourquoi la simple idée d’un James Bond noir fait-elle scandale? Comment une fillette noire en vient-elle à se persuader qu’en grandissant, elle deviendra blanche? Le racisme n’est pas une question de valeur morale, mais d’exercice du pouvoir. Entretenir la légende d’une égalité universelle n’aide en rien. Au contraire. Car, pour déconstruire le racisme, il faut commencer par reconnaître l’étendue du privilège blanc.

How to be an antiracist – Ibram X. Kendi

Dans ce livre émouvant et profondément empathique, Ibram X. Kendi, directeur fondateur de l’Antiracism Research and Policy Center, montre que lorsqu’il s’agit de racisme, la neutralité n’est pas une option : tant que nous ne faisons pas partie de la solution, nous ne pouvons qu’être une partie du problème.

So you want to talk about race – Ijeoma Oluo

So You Want to Talk About Race, le rédacteur en chef de The Establishment Ijeoma Oluo propose une vision contemporaine et accessible du paysage racial américain, en abordant de front des questions telles que les privilèges, la brutalité policière, l’intersectionnalité, les micro-agressions, le mouvement Black Lives Matter et le mot « N ». Parfaitement placé pour combler le fossé entre les personnes de couleur et les Américains blancs aux prises avec des complexités raciales, Oluo répond aux questions que les lecteurs n’osent pas poser, et explique les concepts qui continuent d’échapper aux Américains ordinaires.

La couleur de la justice – Michelle Alexander

« Il y a plus d’adultes africains-américains sous main de justice aujourd’hui – en prison, en mise à l’épreuve ou en liberté conditionnelle – qu’il n’y en avait réduits en esclavage en 1850. L’incarcération en masse des personnes de couleur est, pour une grande part, la raison pour laquelle un enfant noir qui naît aujourd’hui a moins de chances d’être élevé par ses deux parents qu’un enfant noir né à l’époque de l’esclavage. »

Dans ce livre devenu un classique des luttes contre la prison et le système judiciaire aux États-Unis, ­Michelle Alexander revient dans des pages ­fulgurantes sur les mutations de la domination ­raciale et de l’enfermement.

De l’esclavage aux innombrables prisons actuelles, en passant par la ségrégation de l’ère « Jim Crow », ce livre explore la façon dont en quelques décennies, avec la « guerre contre la drogue », les Noirs et les Latinos ont commencé à être enfermés en masse, jusqu’à dépasser aujourd’hui deux millions de prisonniers.

Du quadrillage policier aux ­cellules, en passant par le profilage racial et une machine judiciaire implacable, l’auteure dévoile tous les ­mécanismes de cette nouvelle ségrégation qui a créé une nouvelle « sous-caste raciale », une « race des prisonniers ».

Fragilité blanche – Robin Diangelo

POURQUOI EST-IL SI DIFFICILE DE PARLER DE RACISME QUAND ON EST BLANC ?


Nous vivons dans une société racialisée, et le pire est de l’ignorer. Un livre choc.

La sociologue américaine Robin DiAngelo a passé vingt ans à étudier cette question dans des ateliers sur la diversité et le multiculturalisme. Elle en a tiré un concept fondamental pour comprendre le rapport des Blancs au racisme : la fragilité blanche, un mécanisme de défense ou de déni qui permet de détourner la conversation, empêchant d’identifier le racisme systémique qui persiste dans nos sociétés. Et donc de le combattre.

Dans ce livre devenu un phénomène aux États-Unis, en tête des meilleures ventes depuis deux ans, Robin DiAngelo nous donne les clés pour être véritablement antiraciste.

White rage – Carol Anderson

En reliant soigneusement […] les points chauds historiques où le progrès social des Afro-Américains a été contré par une opposition délibérée et intelligemment conçue, Anderson retire le voile qui a longtemps couvert les actions menées au nom de la protection de la démocratie, de la responsabilité fiscale ou de la protection contre la fraude, rendant visible la longue lignée de la rage blanche.

Ne suis-je pas une femme ? – Bell Hooks

« Ne suis-je pas une femme ? », telle est la question que Sojourner Truth, ancienne esclave, abolitionniste noire des Etats-Unis, posa en 1851 lors d’un discours célèbre, interpellant féministes et abolitionnistes sur les diverses oppressions subies par les femmes noires : oppressions de classe, de race, de sexe. Héritière de ce geste, bell hooks décrit dans ce livre devenu un classique les processus de marginalisation des femmes noires et met en critique les féminismes blancs et leur difficulté à prendre en compte les oppressions croisées.

Je sais pourquoi l’oiseau chante en cage – Maya Angelou

Dans ce récit, considéré aujourd’hui comme un classique de la littérature américaine, Maya Angelou relate son parcours hors du commun, ses débuts d’écrivain et de militante dans l’Amérique des années 1960 marquée par le racisme anti-Noir, ses combats, ses amours. Son témoignage, dénué de la moindre complaisance, révèle une personnalité exemplaire. à la lire, on mesure – mieux encore – le chemin parcouru par la société américaine en moins d’un demi-siècle…

What doesn’t kill you makes you blacker – Damon Young

Pour Damon Young, exister alors que le noir est un sport extrême. L’acte de posséder une peau noire tout en cherchant de l’espace pour respirer en Amérique suffit à induire un état d’angoisse incessant où des questions telles que « Comment dois-je réagir ici, en tant que Noir professionnel » et « La salade de pommes de terre de ce Blanc va-t-elle me tuer ? What Doesn’t Kill You Makes You Blacker fait la chronique des efforts de Young pour survivre tout en luttant et en donnant un sens aux différentes névroses que son pays lui a données.

Devenir – Michelle Obama

« Il y a encore tant de choses que j’ignore au sujet de l’Amérique, de la vie, et de ce que l’avenir nous réserve. Mais je sais qui je suis. Mon père, Fraser, m’a appris à travailler dur, à rire souvent et à tenir parole. Ma mère, Marian, à penser par moi-même et à faire entendre ma voix. Tous les deux ensemble, dans notre petit appartement du quartier du South Side de Chicago, ils m’ont aidée à saisir ce qui faisait la valeur de notre histoire, de mon histoire, et plus largement de l’histoire de notre pays. Même quand elle est loin d’être belle et parfaite. Même quand la réalité se rappelle à vous plus que vous ne l’auriez souhaité. Votre histoire vous appartient, et elle vous appartiendra toujours. À vous de vous en emparer. »

 

Un commentaire

  1. The teapot library

    Je n’ai lu que L’oeil le plus bleu dans ta liste. Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage est dans ma PAL et j’aimerai le lire prochainement. Sinon, j’ai beaucoup aimé Mille petits riens de Jodi Picoult qui traite aussi de la difficulté d’être une femme afro américaine dans la société actuelle.

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