
Autrice : Eléane Keynes
Maison d’édition : Editions de l’Onde
Année de parution originale : 2026
Prix : 19,00 € (broché), 9,99 € (numérique)
Durée de lecture : Environ 4 heures

Alors qu’elle s’apprête à fêter ses douze ans, Jeanne découvre que sa mère est atteinte par l’Ombre, une force obscure et silencieuse. Pour la sauver, elle se lance à la recherche des pierres d’énergie perdues… mais rien ne se passe comme prévu. Des nuages saturés d’énergie mortelle aux abysses engloutis, les épreuves s’enchaînent. Aux côtés d’Aluna et d’Isolar, Jeanne affronte l’inattendu, et découvre qu’un imprévu peut en cacher un autre.
Et peut-être même un Royaume oublié.

Je n’avais plus ouvert le moindre roman depuis le 4 juin 2026, soit près de quatre mois durant lesquels la lecture s’était peu à peu éloignée de moi, d’abord à cause d’un accident de voiture, ensuite par manque de temps, mais surtout parce qu’une évidence s’était imposée avec une certaine brutalité : je ne lisais plus simplement pour le plaisir de lire, mais avec l’idée constante d’en faire quelque chose, une chronique, une publication, du contenu pour les réseaux sociaux, avec derrière tout cela l’espoir un peu fragile de parvenir un jour à transformer cette passion en véritable métier.
À force de vouloir parler des livres, j’avais fini par oublier ce qu’ils m’apportaient lorsqu’ils n’avaient rien à prouver, rien à produire, rien à offrir d’autre que quelques heures passées ailleurs. Et le plus inquiétant, sans doute, était que cette absence ne me manquait même plus.
Le 27 septembre, malgré un concert de Céline Dion la veille qui m’avait laissé un mal de crâne assez mémorable — davantage provoqué, je tiens à le préciser, par trois heures de route en pleine nuit après deux nuits presque blanches que par Céline elle-même —, j’accepte d’accompagner mes enfants et ma compagne au Salon du Livre de Mons, organisé à quelques minutes seulement de chez moi, avec une promesse très claire : je n’achèterai aucun roman. À ce moment-là, l’idée même de me replonger dans une histoire suscite en moi une forme de rejet que j’aurais été incapable d’imaginer quelques mois plus tôt.
Et puis, au milieu de près de quatre cents exposants, je l’aperçois.
Un peu comme lors de notre première rencontre, née d’une publication découverte presque par hasard, Eleane Keynes apparaît dans cette foule comme une lumière discrète au milieu de quelque chose que je croyais définitivement éteint. Elle est penchée sur une dédicace, au loin, et pourtant mon regard s’arrête immédiatement sur elle, comme si cette simple présence suffisait à faire naître une pensée que je n’osais plus vraiment formuler : peut-être pouvais-je encore aimer lire, non pas pour publier, commenter ou partager, mais simplement pour le plaisir de découvrir une histoire.
Lorsque nos regards se croisent, quelque chose revient avec une évidence presque immédiate. Je retrouve l’envie d’échanger, de parler de mes émotions, de mes enthousiasmes, de mes doutes et de mes peurs avec ces auteurs qui confient une partie d’eux-mêmes à leurs lecteurs et qui n’attendent souvent qu’une chose en retour : de la sincérité.
Après un merveilleux échange que nous n’oublierons certainement pas — et encore un immense merci, Eleane, pour toutes les attentions adressées à mes enfants —, je repars finalement avec un roman entre les mains. Moi qui avais juré de n’en acheter aucun. Et, quelques heures plus tard, lorsque j’en tourne la première page, je comprends que l’essentiel n’est peut-être pas d’avoir retrouvé l’envie de lire beaucoup.
Simplement l’envie de lire à nouveau.
Je me lance donc dans la lecture de ce roman jeunesse avec une ambition finalement assez modeste : parvenir à terminer le premier chapitre après ces longs mois de disette littéraire. Nous sommes le lendemain matin lorsque je tourne la dernière page, avec ce sentiment de bien-être presque oublié, celui que procure un livre lorsqu’il parvient, pendant quelques heures, à remettre le monde à distance et à nous rappeler pourquoi nous aimions tant lire avant de chercher à savoir ce que nous allions penser de nos lectures.
Quel plaisir, surtout, de retrouver une héroïne comme Jeanne.
À une époque où les personnages semblent parfois devoir être plus extraordinaires, plus sombres, plus puissants ou plus torturés les uns que les autres pour parvenir à exister, Jeanne détonne précisément parce qu’elle ne cherche jamais à le faire. Sa force naît ailleurs, dans quelque chose de beaucoup plus simple et, à mes yeux, de beaucoup plus précieux : cette volonté presque instinctive de prendre soin des autres avant de penser à elle-même. Elle aide, elle protège, elle doute, elle se trompe aussi, mais elle avance avec cette générosité qui ne fait jamais de bruit et qui constitue pourtant l’une des formes les plus belles du courage.
Cette simplicité m’a fait un bien fou. Depuis l’avènement des réseaux sociaux et cette course permanente au spectaculaire, à l’inédit, à ce qui doit surprendre immédiatement sous peine d’être oublié quelques secondes plus tard, nous avons peut-être fini par croire que seule l’extraordinaire méritait d’être raconté. Ce roman rappelle au contraire que l’on peut captiver avec des sentiments profondément humains, avec de l’amitié, de l’entraide, des peurs, des sacrifices et cette nécessité presque universelle de trouver sa place auprès des autres.
L’intrigue, quant à elle, avance à une vitesse folle. Impossible ou presque de s’ennuyer, et plus difficile encore de refermer le livre une fois les premières pages tournées. Les chapitres s’enchaînent avec une fluidité redoutable, les événements se succèdent, les questions appellent leurs réponses avant d’en faire naître de nouvelles et, sans même s’en rendre compte, on continue encore un chapitre, puis un autre, jusqu’à oublier complètement le monde qui nous entoure. Les pages filent à la vitesse d’une licorne en plein vol et chaque mot semble n’avoir qu’une seule mission : nous conduire jusqu’au suivant.
Tout va peut-être un peu trop vite…
Je comprends parfaitement qu’il s’agisse d’un ouvrage destiné notamment à un jeune lectorat et que cette rapidité participe à son efficacité, mais j’aurais aimé que l’autrice ose parfois retenir son histoire, qu’elle laisse davantage respirer certaines scènes et qu’elle accorde à ses personnages le temps de vivre pleinement ce qui leur arrive. Certaines étapes auraient gagné à s’étendre sur plusieurs jours, plusieurs semaines, peut-être même plusieurs mois, afin que leurs conséquences émotionnelles puissent davantage s’installer et que le lecteur puisse mesurer tout ce qu’elles bouleversent.
C’est d’autant plus frustrant que l’univers et les personnages possèdent, selon moi, suffisamment de richesse pour supporter un roman beaucoup plus ample. Avec une telle aisance dans l’écriture et une telle capacité à entraîner son lecteur, l’autrice aurait parfaitement pu prendre le risque de prolonger son intrigue de nombreuses pages sans jamais l’alourdir. Je ne suis sans doute pas totalement objectif en écrivant cela, puisque cette frustration naît avant tout du plaisir éprouvé à la lecture, mais ce goût de trop peu ne m’a toujours pas quitté depuis que j’ai refermé le livre. Le dénouement lui-même m’a semblé assez brutal, non parce qu’il manquerait de cohérence, mais parce que j’aurais aimé demeurer encore un peu auprès de Jeanne et voir certaines émotions parvenir plus lentement jusqu’à leur terme.
Et pourtant, c’est peut-être précisément dans ce que le roman choisit de ne pas faire que se trouve l’une de ses plus belles réussites.
L’absence d’un antagoniste traditionnel clairement désigné pourra certainement dérouter certains lecteurs. Pour ma part, j’y vois une véritable continuité avec le premier volume et surtout l’occasion d’aller chercher quelque chose de plus intime. L’adversaire le plus difficile à vaincre n’est pas toujours celui qui se tient devant nous. Il arrive qu’il vive en nous.
Le roman s’intéresse ainsi à cette part d’ombre que chacun porte, à nos peurs, à nos blessures, aux pensées qui nous enferment et à ces combats silencieux dont personne ne soupçonne parfois l’existence. Jeanne ne doit donc pas seulement affronter des obstacles extérieurs : elle doit apprendre à comprendre ce qui se joue en elle et chez ceux qu’elle aime. Et cette idée apporte à l’ensemble une profondeur que son apparente simplicité pourrait facilement dissimuler.
C’est en cela que ce deuxième volume m’a parfois rappelé ces récits jeunesse capables de parler différemment selon l’âge auquel on les découvre. Sans prétendre mettre les œuvres sur le même plan, j’y retrouve quelque chose de ce que j’aime dans Le Petit Prince, cette possibilité offerte au jeune lecteur de suivre simplement une aventure tandis que l’adolescent ou l’adulte peut y chercher autre chose.
Les plus jeunes y verront probablement une aventure pleine de magie et de rebondissements. Les adolescents pourront y reconnaître des thèmes qui les concernent directement : l’amitié, l’entraide, la confiance, la peur de perdre ceux que l’on aime ou encore la difficulté d’accepter ce que l’on ressent. L’adulte que je suis y a surtout aperçu un adversaire autrement plus inquiétant que n’importe quel monstre : soi-même, avec ses doutes, ses blessures, ses contradictions et cette étrange faculté que nous possédons parfois de devenir notre propre obstacle.
Et puis il reste cette idée, toute simple, que le roman place au cœur de son histoire : « L’amour est la clé. »
La formule pourrait sembler naïve si le récit ne prenait pas le temps de lui donner un sens. Car l’amour dont il est ici question ne se limite évidemment pas à l’amour romantique. Il est celui que l’on porte à ses amis, à sa famille, à ceux que l’on choisit de protéger, mais aussi celui que l’on doit parfois apprendre à accorder à soi-même. Il devient une manière de résister à la peur, de tendre la main plutôt que de la retirer, d’espérer lorsque tout semble inviter au contraire.
J’aime profondément cette volonté de transmettre, derrière la magie et l’aventure, des valeurs qui pourraient paraître évidentes et qui ne le sont pourtant jamais suffisamment : l’amitié, l’entraide, le partage, le don de soi, l’espoir et l’amour. Des mots simples aux yeux de certains.
Mais les choses essentielles le sont souvent.
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Si vous avez rédigé une chronique littéraire au sujet de ce roman, n’hésitez pas à me contacter afin que je puisse la mettre en avant ici-même.
