Huis clos – Greg Waden

Huit convives, réunis dans un appartement luxueux du nord de la France, deviennent les pions d’un jeu macabre orchestré par un maître invisible.

Invités à une soirée de remerciements par un promoteur immobilier aussi célèbre qu’insaisissable, ils s’attendent à une réception mondaine, légère, presque mondaine. Mais à leur arrivée, l’hôte brille par son absence. Seule une assistante les accueille, prévenante, mais étrangement nerveuse.

Au centre de la table, une simple boîte en carton intrigue les invités. Sur le couvercle, ces mots : « Ne pas ouvrir avant minuit ». Une plaisanterie, croient-ils. Après tout, l’humour du propriétaire est bien connu. Pourtant, lorsque les aiguilles frôlent minuit et que le secret de la boîte est enfin révélé, la fête tourne au cauchemar.

Les rires s’éteignent. Les visages se figent. Et dans ce huis clos sans échappatoire, chacun comprend que le véritable but de la soirée… est la survie.

J’avais prévu de rencontrer Greg Waden au Salon du Livre de Wallonie, poussé par le désir d’acquérir sa trilogie de fantasy. Mon regard, pourtant, a glissé vers d’autres couvertures alignées sur sa table, d’autres mondes en attente. L’auteur, avec cette bienveillance propre à ceux qui aiment parler de leurs créations, me présenta brièvement ses romans. Mais lorsque ses lèvres prononcèrent les mots Huit Clos, et qu’il évoqua une mystérieuse boîte posée au centre d’une table, je dois l’avouer, je cessai de l’écouter. Tout mon esprit s’était déjà enfermé dans cet appartement de papier, fasciné par cette boîte interdite qu’il ne fallait ouvrir qu’à minuit. Il n’était que quatorze heures, mais, déjà, j’avais envie de tourner la clé afin de rentrer dans cet appartement.

Les premières pages m’ont pourtant désarçonné. Détail anodin, diront certains. La couverture montre une table rectangulaire, tandis que le roman s’ouvre sur une table ovale. Ce contraste m’a troublé. Comment l’éditeur a-t-il pu trahir ainsi le premier symbole du huis clos ? Peut-être est-ce une erreur, peut-être un signe. Car dans un bon huis clos, rien n’est tout à fait rond, rien n’est tout à fait carré. Tout vacille, même la forme des tables.

Une fois ce léger désappointement passé, la lecture s’est imposée à moi comme une évidence. Je n’ai plus lâché le livre. D’un trait, d’un souffle, j’ai suivi ces huit convives prisonniers de leur décor doré, happé par la tension que Greg Waden installe avec une précision de funambule. Il sait cultiver l’attente, le malaise, l’ombre qui s’allonge à chaque page. Le lecteur, pris au piège, devient lui aussi un invité de la soirée, observant, scrutant, soupçonnant, cherchant désespérément à deviner qui manipule les fils de ce jeu cruel.

Pourtant, une fissure s’ouvre dans la perfection du dispositif. L’auteur, désireux d’enrichir son intrigue, nous entraîne parfois hors de cet appartement, vers une enquête menée à l’extérieur. Ces échappées, bien qu’elles créent des respirations et des mini-cliffhangers efficaces, brisent en partie le charme de l’enfermement. Car l’essence d’un huis clos, c’est justement la claustrophobie, la sensation que plus aucune porte ne s’ouvrira, que le lecteur, comme les personnages, devra affronter ses démons sans issue de secours.

Malgré cette respiration parfois maladroite, Greg Waden fait preuve d’un indéniable talent. Son écriture, directe mais habile, possède cette tension continue qui serre la gorge et fait battre le cœur. Jusqu’à la dernière page, on s’interroge, on suspecte, on tremble. Et quand le rideau tombe, il le fait sans complaisance : pas de happy end, pas de lumière rédemptrice. Enfin un auteur qui ose !

Si Huit Clos ne dépasse pas pour moi le stade du « très bon moment de lecture », c’est parce qu’il ne pousse pas jusqu’au bout la logique de son concept. L’enquête extérieure, menée par Audrick, se révèle finalement inutile comme une tentative d’explication qui dilue le mystère au lieu de le nourrir. Peut-être aurait-il fallu que tout se joue à l’intérieur, que les indices soient dissimulés dans les regards, dans les silences, dans le cliquetis d’un verre posé trop fort sur la table.

Mais malgré cette imperfection, je referme le roman avec gratitude. Parce qu’il m’a fait chercher, douter, frissonner. Parce qu’il rappelle que les véritables prisons ne sont pas faites de murs, mais de secrets. Et qu’il suffit parfois d’une boîte en carton, posée au milieu d’une table, pour réveiller les monstres endormis.

Note : 3.5 sur 5.
  • Prochainement

Si vous avez rédigé une chronique littéraire au sujet de ce roman, n’hésitez pas à me contacter afin que je puisse la mettre en avant ici-même.


Une réponse à « Huis clos – Greg Waden »

  1. Avatar de WordsAndPeace

    Hmm, ça ressemble beaucoup à The Invisible Host, de Gwen Bristow et Bruce Manning – qui a inspiré And Then There Were None d’Agatha Christie

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