
Autrice : Freida McFadden
Maison d’édition : City
Année de parution originale : 2024
Prix : 22,00 € (broché), 11,99 € (numérique)
Durée de lecture : Environ 4 heures (400 pages)

Célibataire, Sydney n’a jamais eu vraiment de chance en amour. Jusqu’au jour où elle rencontre Tom. Il est charmant, séduisant, et médecin dans un hôpital. C’est l’homme idéal et Sydney est conquise.
Et puis, un jour, le meurtre barbare d’une femme sème la terreur dans la ville. Ce n’est que le dernier crime d’une série déjà longue. Le profil du suspect ? Un homme mystérieux qui entretiendrait une relation avec ses victimes avant de les assassiner.
Avec Tom à ses côtés, Sydney devrait se sentir en sécurité. Mais elle ne peut s’empêcher de trouver que quelque chose ne va pas, elle a le sentiment que cet homme parfait lui cache quelque chose… et puis, depuis quelque temps, elle se sent suivie et épiée. Sydney doit absolument découvrir au plus vite la vérité. Sinon…

J’ai lu tous les romans de Freida McFadden traduits à ce jour. Tous. Et lorsque j’ai découvert le résumé de Le Boyfriend, j’ai noté dans mon carnet de lecture ces quelques mots, comme un soupir anticipé :
Encore une jeune fille fragile et charmante, un garçon trop vite jugé coupable, et la révélation finale que le véritable monstre portait une robe à fleurs.
Je n’imaginais pas alors que cette simple phrase résumerait à elle seule quatre cents pages d’intrigue. Hélas, à qui connaît un tant soit peu l’œuvre de McFadden, rien de cela ne saurait surprendre. The Boyfriend n’est pas tant un roman qu’un miroir dans lequel se reflètent ses précédents ouvrages. La Femme de ménage, La Psy, La Prof, The Coworker, The Tenant… tous semblent se répondre, se copier, s’auto-imiter, comme si l’autrice s’était prise à rejouer sans fin la même partition, persuadée que la répétition est une mélodie.
Passons sur la trame, tant elle semble extraite d’un moule. Parlons plutôt de la plume. Elle se veut alerte, mais demeure étroite ; elle se croit simple, elle est surtout simpliste. Le vocabulaire oscille entre le manuel scolaire et le téléfilm de l’après-midi, les personnages se ressemblent d’un roman à l’autre, comme des silhouettes de carton qu’on déplace d’un décor à l’autre. La jeune femme blessée, l’inconnu charmant, la voisine envahissante, le secret. Tout y est, encore et encore, jusqu’à l’épuisement.
Certains ont insinué, non sans malice, que McFadden aurait recours à l’intelligence artificielle. Qu’ils se rassurent. Non, ce roman n’a pas été écrit par une machine. Si tel avait été le cas, le résultat aurait sans doute été meilleur. L’IA, dans sa froide logique, aurait au moins eu la décence de varier les phrases.
Et pourtant — car il y a toujours un et pourtant — je ne parviens pas à condamner complètement Freida McFadden. Peut-être parce qu’elle accomplit, sans même le savoir, une mission que tant d’écrivains échouent à remplir, elle fait lire. Des millions de lecteurs, souvent des non-lecteurs, découvrent grâce à elle le plaisir d’une histoire, le frisson d’un retournement, la magie d’un livre qu’on ne veut pas lâcher avant la dernière page. Ma compagne, bibliothécaire, me le confirme. Chaque semaine, des lecteurs viennent timidement demander « du McFadden », et repartent ensuite, quelques mois plus tard, avec du Thilliez, du Musso, du King. Ce miracle-là vaut bien toutes les maladresses du monde.
Alors oui, il est préférable, mille fois préférable, qu’un lecteur tourne les pages de Le Boyfriend plutôt qu’il ne s’acharne, hypnotisé, sur le niveau 65 de Candy Crush Saga. La lecture, même la plus légère, reste une porte entrouverte sur la pensée, un pas vers l’imaginaire, un acte de curiosité — ce que ne sera jamais un écran figé.
Mais un point me dérange profondément. Sous le vernis du thriller, McFadden glisse parfois une idée inquiétante. Elle semble justifier la violence, faire croire que certaines vies valent moins que d’autres, que le meurtre devient, au nom de la justice, une forme de réparation. Ce glissement me trouble. Nous ne sommes plus dans la fiction inoffensive, mais dans une approbation déguisée du pire. En 2025, il me paraît inconcevable qu’un éditeur puisse laisser passer un tel message, surtout lorsque le véritable gentil, en guise de dernier retournement, finit par justifier à son tour le crime.
À force de répéter la même histoire, Freida McFadden finit sans doute par s’y enfermer. Ses héroïnes explorent les ténèbres, mais oublient la lumière. Et c’est peut-être là, paradoxalement, que réside la vraie tristesse de son œuvre.
D’autres lecteurs en parlent :
Si vous avez rédigé une chronique littéraire au sujet de ce roman, n’hésitez pas à me contacter afin que je puisse la mettre en avant ici-même.

