L’héritier du Roi Arthur, Livre I – Bertrand Crapez

Le royaume de Logres court un grave danger.

Le roi Arthur est devenu trop vieux. Ses chevaliers ont disparu. Merlin a perdu ses pouvoirs et Galaad a soif de vengeance ! Kadfael, le jeune protégé de Merlin et fils de Perceval le Gallois, va tenter l’impossible pour trouver le Graal, protéger Excalibur et rendre au royaume sa splendeur perdue.

Aidé de son vieux maître, d’un nain bougon et d’Adélice, une fée aussi courageuse que troublante, il sera confronté à des situations plus périlleuses les unes que les autres. Hommes, fées et nains devront s’allier pour éviter la destruction de leur monde. Réussiront-ils à vaincre Vikings, dragons, banshees et trolls à la solde de Galaad, le chevalier félon ?

À mi-chemin entre les récits des chevaliers de la Table Ronde, les légendes celtiques et la mythologie scandinave, L’Héritier du roi Arthur plonge le lecteur dans un univers peuplé de héros et de créatures fantastiques, drôles ou terrifiantes !

Je referme L’Héritier du Roi Arthur avec un mélange d’agacement et d’admiration, ce curieux sentiment qui naît lorsque l’on s’est laissé piéger par un livre que l’on pensait anodin. Oui, je suis mécontent — et même, disons-le, un peu en colère contre Bertrand Crapez. Trois raisons à cela, toutes aussi mauvaises qu’honnêtes.

D’abord, parce que l’auteur m’avait promis une intrigue « sans prise de tête », une aventure « bateau ». Quelle supercherie ! Rien ici d’une promenade tranquille sur les eaux calmes d’un récit arthurien déjà lu mille fois. Son roman, au contraire, regorge de souffle, de magie et de mystère. Il relève davantage de l’épopée que de la distraction, et sous sa plume, les vieilles légendes reprennent vie comme si Merlin lui-même s’était penché sur les pages pour y souffler un peu de son âme.

Ensuite, parce que j’ai prévenu l’auteur que je le retrouverais dans deux semaines au Salon du Livre de Wallonie. Il aurait dû me mettre en garde contre une souffrance cruelle : celle de l’attente. L’impatience est désormais ma compagne — j’ai même tenté, en vain, de me procurer les tomes suivants en version numérique. Rien n’y fait. Me voilà condamné à patienter jusqu’au salon, un sort bien plus douloureux que n’importe quelle malédiction jetée par Morgane.

Enfin, parce que j’ai commencé ma lecture vers vingt-et-une heures, persuadé d’en lire à peine quelques pages. À ma première pause, l’horloge affichait trois heures du matin. Les bons romans ne se lisent pas : ils vous dévorent.

Vous l’aurez compris, ma colère n’est qu’un masque. Cela faisait longtemps qu’une œuvre inspirée de la légende arthurienne ne m’avait pas autant transporté. Bertrand Crapez signe ici une aventure digne des grands récits initiatiques, où l’on retrouve la candeur d’un jeune hobbit suivant une bande de nains, l’émerveillement d’un enfant face à la magie, et la promesse d’un univers dont on n’a pas fini d’explorer les ombres et la lumière.

Ce qui frappe, dès les premières pages, c’est la sincérité de la plume. Bertrand Crapez n’écrit pas pour impressionner : il écrit pour raconter. Et c’est précisément cette humilité d’écriture, cette simplicité vraie, qui donne toute sa force à son roman. Son style respire la passion, le respect des mots justes, la pudeur d’un conteur qui ne cherche jamais à dominer son récit mais à le servir, comme un ménestrel au coin du feu. Chez lui, chaque phrase semble forgée dans le métal chaud de la sincérité. On ne lit pas L’Héritier du Roi Arthur : on l’écoute.

Et quelle immersion ! Dès les premiers chapitres, le réel s’efface, les bruits du monde se taisent, et l’on entre dans cette Bretagne mythique avec la même docilité qu’un rêveur glissant dans le sommeil. On sent la mousse sous nos pas, la brume sur notre visage, et l’écho du vent dans les tours du vieux Camelot. Bertrand Crapez possède ce rare talent de nous faire croire à ce qu’il imagine. On se surprend à frissonner, à sourire, à retenir son souffle. On se dit que si Merlin revenait parmi nous, il n’aurait pas mieux raconté ses propres souvenirs.

Les amateurs de Tolkien y reconnaîtront par ailleurs de délicieux clins d’œil : l’esprit de la quête, les compagnons de fortune, la fraternité née dans le danger, et même cette phrase, surgissant au détour d’un combat : « Vous ne passerez pas. » Une simple réplique, me direz-vous — et pourtant, quelle résonance ! Comme un écho venu de la Moria, un souffle traversant les âges, preuve que la littérature n’est jamais un héritage figé mais une lumière que chaque auteur rallume à sa manière. Là où Tolkien érigeait des montagnes, Crapez bâtit des ponts. Entre les mythes et le présent. Entre nos enfances lointaines et notre imaginaire d’adulte.

Et puis, en refermant ce livre, une question demeure. Une question malicieuse, presque troublante : Et si Bertrand Crapez n’était autre que Merlin lui-même, dissimulé parmi nous, prenant la plume pour nous conter l’histoire de son dernier disciple, Kadfael ?

Après tout, la magie existe encore. Il suffit parfois d’un roman pour la réveiller.

Note : 5 sur 5.

Si vous avez rédigé une chronique littéraire au sujet de ce roman, n’hésitez pas à me contacter afin que je puisse la mettre en avant ici-même.


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