
Autrice : Jacquelyn Benson
Maison d’édition : Rivka
Année de parution originale : 2020
Prix : 20,90 € (relié), 8,49 € (numérique)
Durée de lecture : Environ 10 heures (155.000 mots)

Londres, hiver 1914.
Sous un ciel chargé de cendres et de secrets, Lily Albright lutte contre un don qu’elle n’a jamais souhaité : celui de voir l’avenir. Ses visions, toujours tragiques, s’imposent à elle comme des cauchemars éveillés qu’elle ne parvient jamais à empêcher. Jusqu’au jour où l’image de la mort de son amie la pousse à agir.
Déterminée à défier le destin, Lily se retrouve entraînée dans un jeu dangereux, où science, magie et société se mêlent dans un Londres en proie à la guerre et aux intrigues occultes. Son unique allié est Lord Strangford, un baron aussi fascinant qu’insaisissable, dont le regard semble lire en elle aussi aisément qu’elle lit l’avenir.

J’ai découvert, assez récemment, la maison d’édition Rivka. Après avoir refermé l’un de leurs titres, complètement bouleversé par ma lecture, j’ai eu cette envie presque instinctive d’explorer le reste de leur catalogue. Et c’est là que les choses se sont compliquées. Comment choisir, quand chaque roman semble promettre une expérience unique ? Après de longues hésitations – ce qui, je l’avoue, est le piège des maisons d’édition qui regorgent de pépites –, mon choix s’est arrêté sur Le Lys de Feu, tome 1 : La Prophétesse de Jacquelyn Benson. Une plongée dans le Londres du début du XXᵉ siècle, une époque que j’affectionne tout particulièrement pour ses contrastes entre progrès et mysticisme, entre science et superstition.
Dès les premières pages, l’autrice nous emporte dans la brume, dans ce Londres des années 1910 où les pavés suintent, où la lumière des réverbères hésite entre éclat et pénombre, et où l’on pressent déjà le grondement lointain de la guerre à venir. Mais sous cette brume se cache une autre obscurité, bien plus inquiétante : celle du destin. Et c’est précisément là qu’entre en scène Lily Albright, prophétesse malgré elle, femme d’une rare intensité, dont la clairvoyance n’est pas un don mais un fardeau. Elle voit. Elle sait. Et, paradoxalement, elle demeure impuissante.
Dans une époque où les femmes sont censées se taire, Lily parle.
Là où on attend d’elle l’obéissance, elle agit.
Là où la société la voudrait docile, elle s’impose.
Et c’est sans doute ce qui fait d’elle l’un de ces personnages féminins que la littérature aime offrir à ceux qui doutent encore de la force des femmes. Lily n’a rien de la “femme-ombre” qui vit à travers le regard des autres : elle brûle, elle éclaire, elle résiste. Elle est ce Lys de feu, symbole de pureté et de rébellion, éclatant dans un monde d’hommes englué dans ses certitudes.
Mais que vaut une flamme seule dans la nuit, si ce n’est pour attirer les ténèbres ?
Lorsque son don la conduit à entrevoir la mort de son amie, Lily n’a d’autre choix que de plonger dans une enquête fascinante, tissée avec un soin d’orfèvre. Rien n’y est laissé au hasard. Chaque scène, chaque geste, chaque regard compte. Jacquelyn Benson fait preuve d’une maîtrise narrative rare, d’une précision presque mathématique — sans jamais sacrifier la part de mystère.
Le lecteur, lui, avance à ses côtés, cherchant à comprendre avant elle, et se heurte au même mur d’incertitudes. On croit deviner, on croit savoir — notamment ce qui se cache derrière ces meurtres d’un autre sang, ces crimes dont le rhésus semble couler plus épais que la logique — et pourtant, tout nous échappe. C’est une lecture qui envoûte comme un épisode de Columbo découvert par hasard à une heure tardive : on croit n’en regarder que le début, puis soudain, on réalise qu’on ne peut plus détourner le regard.
La réussite du roman tient aussi dans la plume immersive de Benson, d’une sensibilité presque cinématographique. Elle écrit comme on peint : chaque phrase a la texture d’un décor, chaque mot porte une odeur, une lumière, un souffle. On entend les roues des fiacres, on sent le froid de la pierre, on goûte la peur. Le Londres qu’elle décrit n’est pas celui des cartes postales, mais celui des âmes — ce Londres intérieur où se mêlent les désirs, la foi, les cauchemars.
Et au cœur de cette toile, ses personnages vivent.
Lily, bien sûr, mais aussi Lord Strangford, ce baron aussi énigmatique que séduisant, dont la présence oscille entre lumière et ombre. Entre eux, il y a une tension, non pas seulement amoureuse, mais existentielle. Ce sont deux âmes qui se reconnaissent sans se comprendre, deux êtres que le destin lie sans leur consentement.
Jacquelyn Benson joue ici une partition fine : l’amour n’y est pas un refuge, mais une interrogation. Dans cet entre-deux où les sentiments côtoient le surnaturel, chaque émotion devient suspecte. L’autrice ne cherche pas à rassurer son lecteur, elle le trouble — et c’est précisément là que réside son talent.
Ce premier tome agit comme une porte entrouverte. Il dévoile un monde où la science flirte avec la magie, où les dons surnaturels sont moins des bénédictions que des malédictions. L’autrice ne nous dit pas tout — elle promet, elle insinue, elle suggère. Et l’on referme ce livre avec cette sensation rare : celle d’avoir commencé quelque chose de grand, quelque chose dont les prochains volumes viendront déployer toute la splendeur.
En refermant ce premier tome, j’ai eu cette impression d’avoir lu un roman à la croisée des genres : une fresque historique, une enquête policière, une romance, et une réflexion sur le destin. Benson écrit comme on rêve : avec conviction et lucidité à la fois. Elle ne nous raconte pas seulement une histoire, elle nous en fait sentir les battements, les doutes, les fièvres. Et lorsque je repense à Lily, je me dis qu’elle incarne ce que la littérature devrait toujours être : une main tendue vers l’avenir, même lorsqu’elle tremble sous le poids du passé.
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