La demeure de l’araignée – Dewild

Heather est une jeune américaine comme les autres. Attachante, hargneuse et ravagée par la schizophrénie, la jeune fille rejoint la ténébreuse ville imaginaire de Nowhere City , à chaque fois que les choses dérapent… Pourtant, lorsqu’elle ouvre les yeux, Heather comprend que quelque chose cloche. La cité parfaite qu’elle s’est inventée pour survivre n’est plus la même.

Dans la brume envahissante, quelque chose rôde, prêt à surgir de l’ombre pour la dévorer.

Parviendra-t-elle à sortir indemne de ce cauchemar ? Ou succombera-t-elle à cet immonde trouble mental comme tant d’autres auparavant ?

Dans la ligne directe du célèbre jeu vidéo Silent Hill, la demeure de l’araignée est un aller simple vers l’enfer, où personnages abominables se retrouvent confrontés à leurs propres démons. Survivrez vous à sa toile ?

J’ai eu le privilège, ce samedi 27 septembre, de croiser la route de Dewild lors du Salon du livre d’Aubry-du-Hainaut. J’y étais d’abord passé rapidement, comme on glisse devant une table où l’on ne s’attarde pas, mais une force mystérieuse m’a ramené vers lui. Il y avait dans son allure, dans son visage, quelque chose de singulièrement romanesque : j’avais la troublante impression de voir l’un de ses propres personnages s’être échappé de ses pages pour prendre place derrière les piles de livres. Dès cet instant, je n’ai plus eu le choix : je devais découvrir sa plume.

Trois jours à peine plus tard, je me retrouve à rédiger cette critique, encore habité par les images, les voix et les vertiges que La Demeure de l’Araignée a laissés dans mon esprit. Je l’ai lu d’un souffle, happé par une atmosphère étouffante, un univers qui, malgré sa géographie restreinte, parvient à déployer une infinité de couloirs mentaux, de portes closes, de miroirs brisés. C’est un huis clos, certes, mais un huis clos qui s’ouvre sur l’abîme intérieur de Heather, cette héroïne insaisissable, schizophrène peut-être, spectrale sûrement.

Ce qui m’a le plus bouleversé, c’est la confusion. Une confusion fertile, littéraire, volontaire. J’oscillais sans cesse entre le réel et l’imaginaire, entre l’incarnation de Heather et l’évanescence de ses visions. Je ne parvenais jamais à savoir si je la comprenais ou si je l’inventais, si je percevais ses émotions ou si elles me traversaient malgré moi. J’étais en elle, elle était en moi. Dewild, avec une précision de chirurgien et une cruauté de poète, m’a fait basculer du côté obscur de l’esprit, m’a contraint à éprouver une folie que je n’avais jamais connue. Voilà son véritable coup de maître : transformer son lecteur en acteur, brouiller les frontières entre le livre et la conscience.

Ceux qui me lisent régulièrement savent que je ne cherche pas à flatter, mais à dire vrai. L’époque, hélas, pousse beaucoup d’influenceurs à multiplier les éloges convenus, par peur de perdre des partenariats fragiles. Je ne fonctionne pas ainsi, ce qui m’a valu, je le sais, quelques inimitiés et peut-être quelques « listes noires » chez certains éditeurs. Mais qu’importe : l’honnêteté vaut mieux qu’un sourire de façade.

Et justement, malgré mon enthousiasme, je ne peux taire certaines réserves. La première tient à la volonté, trop appuyée, de Dewild d’éviter les répétitions. Le lecteur attentif constatera que Heather, sur une même page, peut être désignée de dix façons différentes. Certes, l’auteur nous prouve ainsi l’étendue de son vocabulaire, mais à force de chercher des synonymes, l’élégance se change parfois en lourdeur. On finit par se demander si ce n’est pas Heather elle-même qui, armée d’un revolver invisible, oblige Dewild à inscrire son nom à chaque paragraphe, comme pour se rappeler à l’existence.

La deuxième réserve concerne l’objet-livre. Le titre et le nom de l’auteur, imprimés sur chaque page, s’imposent sans relâche au regard. L’immersion, si fragile, se voit systématiquement brisée par cette insistance typographique. Comment s’abandonner aux ombres d’un récit lorsque, à chaque instant, le paratexte surgit pour nous rappeler que nous lisons un roman et non une hallucination ?

Mais au-delà de ces détails, il faut reconnaître à Dewild une force rare : celle d’oser l’inconfort, d’imposer au lecteur un voyage qu’il n’aurait pas choisi mais qu’il n’oubliera pas. La Demeure de l’Araignée n’est pas un simple roman d’horreur psychologique, c’est une expérience littéraire où les murs se resserrent, où la brume s’épaissit, où l’araignée tisse patiemment sa toile autour de nous. En refermant le livre, j’avais le sentiment de n’être pas tout à fait revenu, de garder en moi un fragment de cette folie fictive, comme une piqûre lente qui continue de diffuser son venin.

Note : 4 sur 5.

Si vous avez rédigé une chronique littéraire au sujet de ce roman, n’hésitez pas à me contacter afin que je puisse la mettre en avant ici-même.


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