H comme… Hirtmann

Depuis l’évasion de Julian Hirtmann, le plus célèbre des tueurs en série, Martin Servaz n’est pas le seul à enquêter : détectives amateurs sur le Net, fans de true crime, présentateur star du talk-show le plus regardé de France, écrivain de best-sellers, tout le monde part en chasse. 

Mais lorsque la traque mortelle se double de disparitions qui rappellent l’un des plus grands scandales criminels et sexuels des dernières décennies, c’est la terreur qui s’installe. 

Quand réalité et fiction finissent par se confondre, le pire est à venir…

En refermant ce roman, un étrange sentiment s’est imposé à moi : celui d’un soulagement certain. Soulagement teinté d’une sorte d’ironie, celle d’avoir échappé, par je ne sais quel heureux hasard, à la lecture des huit premiers opus consacrés aux péripéties de Martin Servaz. Je me demande, d’ailleurs, comment Bernard Minier a pu persuader ses lecteurs de suivre sur autant de volumes les errances plutôt banales d’un commandant qui, rappelons-le, nous fut d’abord présenté comme hypocondriaque dans un premier tome désormais lointain, trait de caractère aujourd’hui mystérieusement évaporé.

Quant à l’intrigue principale de ce roman, elle ne réserve guère de surprises. Il suffit d’avoir fréquenté quelques polars pour identifier très tôt la silhouette du grand méchant loup. Peut-être faut-il préciser : avoir fréquenté quelques mauvais polars français, de ceux qui se bercent d’illusions en croyant que la clé du succès réside dans un twist final spectaculaire, artificiel et souvent tiré par les cheveux.

Certes, savoir prématurément à qui nous avons affaire ne serait pas rédhibitoire en soi, si le dénouement s’avérait habile, intelligent, ou tout au moins cohérent. Mais ici encore, le lecteur devra faire face à la désillusion. Martin Servaz lui-même, ce commandant pourtant censé mener l’enquête, sait dès le début qui tire les ficelles, pour une simple et irritante raison : il dispose d’informations cruciales qui ne nous sont pas offertes, informations détenues secrètement par l’auteur, presque jalousement pourrait-on dire, et révélées à l’ultime moment dans un élan maladroit de générosité tardive.

Le lecteur, lui, est réduit à deviner péniblement l’identité du coupable, non par finesse ou déduction logique, mais par simple élimination, puisqu’au fond, une seule piste se dessine véritablement. Sans la bienveillance tardive de Bernard Minier qui finit par nous livrer les clés nécessaires à la résolution de son propre casse-tête, le lecteur serait condamné à une éternelle perplexité, confronté à une intrigue inéquitable où le plaisir de la découverte lui est systématiquement dérobé.

Nous voici donc face à un roman qui navigue paisiblement sur les eaux calmes d’une recette éprouvée et malheureusement très prisée dans le paysage du polar français : celle qui consiste à noyer le lecteur sous quatre cents pages de détails superflus et de faux-semblants inutiles, avant une « révélation finale » faussement inattendue, dont la seule véritable surprise est peut-être qu’elle soit encore jugée suffisante par certains pour maintenir un intérêt vaguement morbide. Dommage, car Minier sait pourtant manier la plume. Mais une plume, aussi habile soit-elle, ne saurait masquer éternellement l’indigence d’une intrigue trop complaisante envers elle-même.

Note : 1 sur 5.

Si vous avez rédigé une chronique littéraire au sujet de ce roman, n’hésitez pas à me contacter afin que je puisse la mettre en avant ici-même.


Une réponse à « H – Bernard Minier »

  1. Avatar de Exuline

    J’ai abandonné Bernard Minier, il y a longtemps. Je m’ennuie bien trop à la lecture de ces romans que je trouve creux et assez insipides. Je trouve que ta chronique pourrait être téléportée pour les autres romans de la saga Martin Servaz. Tu me confirmes donc que je n’ai aucun regret à avoir.

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