
Auteur : Sébastien Gendron
Maison d’édition : Pocket Jeunesse
Année de parution originale : 2025
Prix : 16,90 € (poche), 11,99 € (numérique)
Durée de lecture : Environ 3 heures (53.000 mots)

Au lycée George-Sand, l’apparence, la réputation et les réseaux sociaux règnent en maîtres : chaque geste est observé, commenté, partagé. Maud et Elina, amies inséparables, tentent d’y mener une vie normale. Mais tout change lorsqu’un projet d’art les pousse à se dévoiler à travers des courts métrages, produisant une série d’événements imprévisibles. Alors que l’humiliation publique et virtuelle se propage, les tensions montent dangereusement.
Qui s’en sortira indemne ?

Ne lisez pas ce roman !
Ces cinq mots pourraient suffire à résumer mon avis sur le dernier livre de Sébastien Gendron, mais il est des malheurs littéraires qu’on ne peut expédier aussi sommairement. J’aimerais pouvoir dire que l’œuvre de Gendron suscite l’intérêt, même léger, qu’elle éveille au moins un doute, une interrogation sur le rapport malsain que notre époque entretient avec les réseaux sociaux. Mais ce serait mentir. Et pire : ce serait lui prêter une profondeur qu’elle n’a jamais eue.
L’histoire s’ouvre pourtant sur un sujet d’actualité brûlant, promesse alléchante s’il en est : les dangers des réseaux sociaux, les dérives d’une jeunesse captive de son écran, prisonnière d’un regard virtuel qui se fait toujours plus tyrannique. Hélas, cette actualité-là, sous la plume de l’auteur, ne devient qu’un prétexte maladroit, un décor de carton-pâte, sans aucune épaisseur psychologique, sans aucune crédibilité narrative.
Le scénario, bancal dès les premières pages, s’effondre inexorablement sous le poids de ses propres invraisemblances. Rien ne tient la route, pas même l’illusion fragile d’une cohérence éphémère. Le lecteur, livré à lui-même, cherche vainement un sens aux péripéties absurdes et répétitives qui se succèdent, sans autre ambition que celle de remplir des pages. Le dénouement final, censé apporter la révélation ultime, tombe à plat, caricature grotesque et décevante. Là où le lecteur espère encore une lueur d’intelligence, il ne trouve qu’un sentiment de gâchis, d’absurdité et d’artificialité totale.
Pire encore que l’intrigue mal construite, ce sont peut-être les personnages qui causent le plus grand dommage à ce roman. Ils traversent l’histoire tels des fantômes désincarnés, dépourvus d’un passé cohérent, privés de motivations convaincantes. Ils n’agissent pas : ils subissent. Sans profondeur psychologique, sans enjeu personnel réel, ils n’ont rien à défendre, rien à raconter. Ils sont là parce qu’il faut bien qu’ils soient quelque part, sur une scène où tout sonne faux, artificiel, préfabriqué.
On pourrait éventuellement pardonner à un roman une intrigue approximative et des personnages incertains, pourvu que l’écriture soit là, vivante, alerte, pleine de charme. Mais ici, c’est tout le contraire : la plume de Gendron s’embourbe dans une imitation malheureuse de la voix adolescente. L’auteur tente une oralité branchée, croit sans doute approcher la vérité d’une jeunesse à travers une langue artificiellement relâchée, mais ne réussit qu’à produire un texte superficiel, exaspérant, puéril. En s’efforçant d’adopter le langage de ses jeunes protagonistes, il en oublie simplement d’être écrivain.
Et quelle stupeur devant une telle facilité stylistique ! Trois petites heures suffisent pour traverser ce texte creux, trois heures pendant lesquelles le lecteur s’ennuie ferme, espérant en vain un sursaut, une étincelle. À défaut de passion ou d’émotion littéraire, ce roman trouvera peut-être une utilité plus triviale, plus domestique : celle de combler une soudaine pénurie de papier toilette.
La véritable prouesse de ce roman réside finalement dans son habillage trompeur. Tout avait été mis en œuvre par Pocket Jeunesse pour nous leurrer : une couverture séduisante, une quatrième de couverture efficace et accrocheuse, à grand renfort de promesses jamais tenues. Comment une maison d’édition réputée, jusqu’ici sérieuse et exigeante, a-t-elle pu commettre une erreur pareille ? Est-ce la volonté cynique de vendre coûte que coûte, ou une simple erreur de jugement ? Je ne saurais le dire, mais je déplore profondément ce choix éditorial qui consiste à vendre du vide sous un joli papier glacé.
Je referme ce roman sans regret, sinon celui du temps perdu, et avec la certitude triste et définitive qu’il s’agit là de l’une des pires lectures qu’il m’ait été donné de subir sur un sujet aussi prometteur.
En un mot comme en cent, faites-vous plaisir : ne lisez pas ce roman !
D’autres lecteurs en parlent :
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Si vous avez rédigé une chronique littéraire au sujet de ce roman, n’hésitez pas à me contacter afin que je puisse la mettre en avant ici-même.

