The Most Dangerous Games – James Patterson & MrBeast

Dans un monde au bord de l’effondrement, cent participants s’affrontent dans une compétition à très haut risque, mettant en jeu leur propre vie.

La récompense ?

Une chance de sauver l’humanité… et un milliard de dollars. À travers des épreuves impitoyables et des défis incessants, les joueurs sont poussés au-delà de leurs limites tandis que les risques augmentent sans cesse.

Survivre devient la seule règle.

J’ai toujours regardé James Donaldson, alias MrBeast, avec une curiosité mêlée d’admiration. Non pour ces vidéos dont la démesure me laisse souvent perplexe, mais pour ce qu’il a choisi d’accomplir en marge de cette industrie du spectacle qu’il maîtrise mieux que personne. Derrière les millions de vues, les défis extravagants et les sommes d’argent distribuées comme d’autres lanceraient des confettis, il existe aussi un homme qui a consacré une partie considérable de sa fortune et de sa visibilité à des actions philanthropiques, humanitaires ou médicales. On peut discuter la manière, soupçonner parfois la mise en scène, s’interroger sur cette époque étrange où même la générosité doit devenir spectacle ; il reste néanmoins des actes, et certains méritent le respect.

James Patterson m’accompagne depuis bien plus longtemps. Je l’ai découvert au milieu des années 1990 avec Alex Cross, avant que le cinéma ne donne au personnage le visage de Morgan Freeman, et je connais depuis ses qualités comme ses habitudes, cette façon très particulière d’écrire des romans qui semblent avoir été débarrassés de tout ce qui pourrait ralentir la lecture. Patterson ne demande pas que l’on contemple ses phrases ; il veut que l’on tourne ses pages. Il possède pour cela une mécanique presque parfaite, faite de chapitres courts, de changements de points de vue, de révélations soigneusement retardées et de fins de séquences qui nous abandonnent toujours une seconde avant que nous soyons rassasiés.

Lorsque j’ai appris que ces deux hommes allaient écrire ensemble The Most Dangerous Games, j’ai donc voulu croire à une rencontre plutôt qu’à une association de marques.

Pendant une centaine de pages, j’y ai cru.

Le roman se dévore avec une facilité déconcertante. Il ne s’embarrasse ni de longues descriptions ni de détours inutiles et retrouve immédiatement cette efficacité propre à Patterson, au point que les heures disparaissent sans que l’on s’en aperçoive. J’ai passé près de six heures entre ses pages au cours de la même matinée, preuve qu’il serait malhonnête de nier son pouvoir d’attraction. Il y a des livres que l’on admire sans parvenir à les terminer et d’autres que l’on termine sans parvenir à les admirer ; celui-ci appartient malheureusement à la seconde catégorie.

L’idée de départ reprend sans grande dissimulation l’univers des Beast Games. Une foule de candidats, des épreuves toujours plus extravagantes, des alliances fragiles, des trahisons, des sommes d’argent vertigineuses et cette logique familière du « toujours davantage » qui constitue depuis longtemps la signature de MrBeast. Le roman ajoute cependant au jeu une dimension autrement plus inquiétante, puisque l’élimination peut désormais signifier la mort et que la compétition prétend poursuivre un objectif qui dépasse largement l’enrichissement de son vainqueur : découvrir un Élu destiné à sauver le monde.

À cet instant, le divertissement pouvait devenir roman.

Car une promesse aussi considérable entraîne nécessairement des questions. Sauver le monde, certes, mais de quoi ? Pourquoi choisir un être humain à travers de telles épreuves ? Qui a conçu cette sélection et dans quel but ? Quelles qualités cherche-t-on réellement chez celui ou celle qui survivra ? Derrière la violence du jeu se dessinait la possibilité d’un mystère plus vaste, peut-être même d’une réflexion sur ce que nous considérons comme la force, le courage, l’intelligence ou la valeur d’une vie.

Le livre préfère conserver ses réponses.

Pendant près de 480 pages, il nous entraîne d’une épreuve à l’autre en laissant entendre que toutes ces questions finiront par converger vers une révélation capable d’éclairer ce qui précède. Le procédé fonctionne d’autant mieux que Patterson sait parfaitement administrer l’attente. Chaque nouvelle étape semble nous rapprocher de quelque chose, chaque indice paraît annoncer une explication, chaque danger supplémentaire donne l’impression qu’une vérité se dissimule derrière cette gigantesque mécanique.

Puis vient la dernière page.

Un gagnant existe, mais le roman ne nous permet guère de comprendre ce qu’il a véritablement gagné. L’Élu a été trouvé, mais sa mission demeure largement abstraite. Le monde devait être sauvé, mais la menace reste dans l’ombre. Tout ce qui semblait devoir conduire vers une réponse débouche finalement sur une attente supplémentaire.

Je n’ai rien contre les fins ouvertes. Elles peuvent même être magnifiques lorsqu’elles prolongent un livre au-delà de sa dernière phrase, lorsqu’elles obligent le lecteur à imaginer ce que l’auteur choisit intelligemment de taire. Encore faut-il que le silence ait une signification. Ici, je n’ai pas ressenti l’élégance d’une porte laissée entrouverte mais plutôt la frustration d’une porte que l’on refuse d’ouvrir après nous avoir fait marcher pendant des centaines de pages jusqu’à elle.

C’est dommage, parce que cette absence de véritable résolution modifie rétrospectivement la perception du récit. Ce qui semblait préparer un dénouement devient une succession d’épreuves ; ce qui semblait annoncer une construction plus ambitieuse ressemble soudain à une manière de maintenir le lecteur dans le mouvement. Le roman possède beaucoup d’énergie, mais l’énergie ne remplace pas toujours la direction.

C’est sans doute là que la transposition de l’univers de MrBeast atteint ses limites. Une vidéo peut vivre entièrement de son concept. Enfermer cent personnes quelque part, leur promettre une fortune et attendre de découvrir qui sera le dernier à partir constitue déjà une histoire suffisante pour vingt ou trente minutes de divertissement. Le spectateur veut connaître le vainqueur, et cela suffit.

Un roman réclame davantage, surtout lorsqu’il approche les cinq cents pages. Il lui faut des personnages qui grandissent ou se brisent, des enjeux qui se transforment, des événements qui ne soient pas seulement spectaculaires mais nécessaires. Le danger doit finir par révéler quelque chose de ceux qui le traversent.

Or les personnages de The Most Dangerous Games donnent souvent l’impression d’avoir été conçus pour occuper une fonction dans le jeu. Chacun possède naturellement son passé, ses aptitudes, ses blessures, parfois ses secrets, mais trop peu parviennent réellement à s’affranchir du rôle qui leur a été attribué. Les morts elles-mêmes perdent une partie de leur puissance parce que le récit, déjà tourné vers l’épreuve suivante, leur accorde rarement le temps nécessaire pour laisser une trace.

Le spectacle avance. Les êtres passent.

Plus troublante encore est la présence de Jimmy Donaldson dans sa propre fiction. MrBeast n’est pas seulement l’inspiration du roman ou le nom prestigieux associé à James Patterson ; il en devient l’un des personnages essentiels, engagé dans l’action, confronté au danger et placé au cœur d’enjeux qui concernent rien moins que le destin de l’humanité.

J’aurais aimé qu’il choisisse l’effacement.

Il y avait quelque chose de beaucoup plus intéressant, me semble-t-il, dans l’idée de confier son imaginaire à un romancier puis de disparaître derrière lui, de laisser naître un univers inspiré de ses créations sans éprouver le besoin d’y installer également son propre personnage. Cette omniprésence crée une étrange confusion entre l’homme, la marque et le héros de fiction. Elle aurait pu devenir une mise en abyme amusante ou même une réflexion sur la célébrité contemporaine ; elle ressemble davantage, à mes yeux, à une difficulté à abandonner le centre de la scène.

Je ne prétendrai pas davantage savoir quelle part exacte MrBeast a prise dans l’écriture. Seuls les auteurs pourraient répondre à cette question. À la lecture, toutefois, je retrouve partout la mécanique de Patterson tandis que l’apport de Donaldson semble surtout se manifester dans le concept, l’univers et cette spectaculaire inflation permanente qui transforme chaque nouvelle épreuve en promesse d’une épreuve encore plus grande.

C’est peut-être ce que je regrette dans cette collaboration. Patterson aurait pu apporter à MrBeast ce que la vidéo ne lui demande jamais : le temps, l’intériorité, la nuance et la possibilité de donner un sens au spectacle. MrBeast, de son côté, pouvait offrir à Patterson un terrain de jeu excessif et contemporain, une matière idéale pour construire un thriller de survie singulier. Les talents semblaient complémentaires ; ils se sont davantage juxtaposés qu’ils ne se sont rencontrés.

Je referme donc The Most Dangerous Games avec un sentiment paradoxal. Je l’ai lu très vite, parfois avec plaisir, souvent avec curiosité, presque toujours avec l’envie de découvrir la page suivante, et pourtant il m’en reste étonnamment peu une fois la dernière tournée. La vitesse de lecture masque un temps la faiblesse du voyage, comme ces attractions spectaculaires dont on sort le cœur encore accéléré avant de se demander, quelques minutes plus tard, ce qu’elles nous ont réellement laissé.

Sans le nom de MrBeast sur la couverture, j’ai beaucoup de mal à imaginer qu’un roman aussi dépendant de son concept et aussi fragile dans sa résolution aurait bénéficié d’une exposition comparable. Cela reste évidemment une appréciation personnelle, mais elle résume assez bien mon malaise devant un projet qui m’a semblé parfois davantage pensé comme un événement capable de devenir un livre que comme un livre capable de devenir un événement.

Et c’est précisément parce que l’idée possédait un véritable potentiel que la déception demeure si vive. James Patterson sait raconter. MrBeast sait captiver. Ensemble, ils savent incontestablement nous faire avancer.

Encore aurait-il fallu savoir où nous emmener.

Note : 1 sur 5.
  • Prochainement

Si vous avez rédigé une chronique littéraire au sujet de ce roman, n’hésitez pas à me contacter afin que je puisse la mettre en avant ici-même.


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