Alchemised – SenLinYu

Helena Marino était une alchimiste prometteuse. Aujourd’hui, elle n’est plus qu’une prisonnière, captive de la guerre qui a ravagé Paladia et de sa propre mémoire défaillante. Ses amis et alliés de la résistance ont été massacrés, ses pouvoirs neutralisés, et le monde qu’elle connaissait n’est plus qu’un champ de ruines.

Dans l’après-guerre, Paladia est tombée sous le contrôle de guildes corrompues et de nécromanciens dépravés, dont les créatures mortes-vivantes ont assuré le triomphe. Helena est désormais entre leurs mains.

Officiellement, elle n’était qu’une guérisseuse sans importance. pourtant, les mois qui ont précédé sa capture se sont effacés de sa mémoire, et cette zone d’ombre intrigue. Est-elle vraiment aussi insignifiante qu’on le prétend, ou détient-elle, sans le savoir, la clé du dernier espoir de la résistance ?

Pour découvrir la vérité, elle est confiée au Haut Préfet, l’un des nécromanciens les plus redoutés du nouveau régime. Cloîtrée dans son domaine, Helena doit se battre pour préserver les bribes de son identité et raviver la mémoire de celle qu’elle était. Mais son geôlier, comme le lieu qui l’entoure, dissimule des secrets bien plus sombres encore… que Helena devra percer quel qu’en soit le prix.

Si vous n’avez encore jamais entendu prononcer le nom Alchemised, c’est peut-être que vous vivez sur une autre orbite – ou dans la poche d’un trou noir. Depuis des semaines, la rumeur enfle, se propage comme un phénomène astronomique : on chuchote qu’il s’agirait de la révélation du siècle, l’œuvre-monde, la nouvelle étoile du firmament littéraire. La traduction, simultanée dans plus de quinze langues, s’est abattue sur la planète comme un battement d’ailes céleste – un exploit que même Harry Potter n’avait pas accompli en son temps. Le monde lisait déjà avant même d’avoir ouvert le livre.

En France, Alchimised est arrivé sous la bannière de Hlab, filiale numérique d’Hachette, auréolée de promesses modernes : plus écologique, plus avantageuse pour l’auteur, plus accessible pour le lecteur. Une déclaration d’intention admirable – jusqu’à ce que cette maison, se voulant 100% numérique, annonce une édition brochée une semaine plus tard, au prix d’une qualité tellement fragile qu’elle semblait se déliter entre les doigts. J’ai refermé le volume, prêt à passer mon chemin, décidé à ne pas lire un roman « parce que tout le monde le lit ». La liberté, parfois, tient à la fermeté d’un refus.

Puis le destin, avec ce goût théâtral qu’il a pour la mise en scène, a glissé Alchemised dans ma box Fairyloot : édition collector dédicacée, reliure de luxe, couverture réversible d’une beauté presque insolente, jaspage soigné comme une enluminure d’abbaye. Toutes les éditions dans le monde bénéficiaient d’un tel écrin. Toutes… sauf la nôtre. Ironie délicieuse. Je posai la splendide reliure sur l’étagère comme un tabernacle, et, paradoxalement, choisis de découvrir l’ouvrage en audiobook grâce à un crédit Audible oublié. Voilà comment débute une expérience littéraire… parfois par la mauvaise porte.

Et quelle expérience. Avant même de parler du texte, il faut évoquer l’indignation qui m’a accompagné. La voix de la lectrice se traînait, plate comme un électrocardiogramme sans pouls. Monotone, sans couleur, sans souffle, déformant les mots, trébuchant sur les syllabes. Viscères devenait vis-quèreuhJe ne suis pas enceinte se muait en je ne suis pas t’enceinte, comme si la langue, honteuse de sa propre syntaxe, se prenait les pieds dans son histoire. Quant au terrible Morrough, il était affublé d’un Morose involontairement comique. Était-ce une voix synthétique ? Un lecteur égaré ? Peu importe : l’éditeur semblait avoir oublié qu’on ne confie pas un violon Stradivarius à un enfant qui apprend à souffler dans une flûte.

Puis vient le texte. La première partie, brillante, intense, magistrale, tient la promesse inscrite en quatrième de couverture. On y suit une héroïne dont le passé nous échappe, et c’est là tout l’art de la séduction : l’incomplétude attire, l’ombre fascine. On hurle avec elle, on tremble, on avance dans une pénombre où chaque pas porte une émotion. À ses côtés évolue un homme qu’on aime détester – et que l’autrice pousse habilement sur le fil tendu entre la haine et la compassion. Cette première moitié m’a conquis. Elle m’a même fait croire.

Puis survient l’autre versant, immense comme un désert. Près de 800 pages pour expliquer comment cette jeune femme devint la dernière résistance. 800 pages de lenteur, de circonvolutions, de détails dilatoires. L’action se dissout, la tension s’évapore, l’attente se désagrège. Je me suis surpris à tourner les pages comme on retourne du sable dans la main : mécaniquement, sans conviction. Le monde entier criait au chef-d’œuvre – 20 000 critiques sur Goodreads en une semaine, 95 000 notes pour une moyenne vertigineuse de 4.5 étoiles. Pourtant je ne voyais qu’un mirage. L’un des plus grands navets – oui, le mot est cru mais juste – que j’aie lus en vingt ans.

Ne vous attendez pas à une Dark Fantasy inoubliable : derrière l’ombre, ce n’est qu’une romance qui s’étire, s’étale, s’effiloche sur plus de 800 pages. Le monde inventé par SenLinYu, pourtant riche, porté par une mythologie solide, ne sert que de décor à une histoire d’amour douceâtre qui n’assume ni sa trivialité ni sa naïveté.

La fin, prévisible, offre pourtant un léger tremblement. Comme Rowling un jour osa sacrifier Dumbledore, SenLinYu se permet la disparition de plusieurs figures du camp du « bien ». Et c’est là, peut-être, le sursaut émotionnel que d’autres lecteurs ont célébré. La mort, en littérature, est un ressort facile ; elle bouleverse, elle marque, elle fait pleurer. Mais suffira-t-elle à faire d’une intrigue commune une histoire mémorable ? Pour moi, non. L’émotion n’est pas un effet, mais une conséquence. Il ne suffit pas de tuer pour faire vibrer.

Par curiosité, j’ai ouvert l’édition française. Trois chapitres suffirent : coquilles fréquentes, maladresses visibles. Comme si tout cela n’était qu’une opportunité commerciale, vite emballée, vite vendue. Un roman présenté comme l’évènement d’une génération, mais livré – en France du moins – sans l’exigence qu’il méritait.

Ma lecture s’achève. Je referme Alchemised sans rancœur, mais avec ce sentiment étrange d’être passé à côté d’une promesse trop grande pour ce qu’elle contenait. Il y a dans ce livre un éclat, une lumière, un tremblement. Mais aussi un gouffre d’ennui. Et l’ensemble, dissonant, me laisse perplexe.

J’en sors soulagé. Et libre.

Note : 0.5 sur 5.

Si vous avez rédigé une chronique littéraire au sujet de ce roman, n’hésitez pas à me contacter afin que je puisse la mettre en avant ici-même.


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