
Auteur : Bernard Werber
Maison d’édition : Albin Michel
Année de parution originale : 2025
Prix : 14,99 € (numérique), 21,90 € (relié)
Durée de lecture : Environ 4 heures (352 pages)

Si les arbres pouvaient s’exprimer, que nous diraient-ils ?
Rose, jeune scientifique déterminée, a suivi son compagnon au coeur de la plus ancienne forêt de France. Il veut lui faire partager son émerveillement et sa passion pour un chêne millénaire d’une rare beauté. Mais le spectacle tourne au drame lorsqu’une lourde branche tombe de l’arbre et tue le jeune homme sur le coup.
Accusée du meurtre, traquée par la police, Rose décide de fuir, le temps de prouver son innocence. Alors que tout l’accable, une solution, aussi surprenante soit-elle, se dessine : communiquer avec ce grand chêne, témoin du drame. Aidée de Sylvain, botaniste aussi original que génial, elle élabore une machine capable d’une telle prouesse : un Arbrophone. Ce qu’elle va découvrir dépasse de loin le cadre de l’enquête policière…
Dans ce suspense haletant, entre aventure, science et passion, Bernard Werber nous révèle un univers merveilleux et nous reconnecte à l’énergie vitale des forêts.

Avec Bernard Werber, il n’existe pas de demi-mesure en ce qui me concerne. Soit je referme le livre en ayant le sentiment d’avoir touché au sublime, soit je le repose avec l’impression d’avoir assisté à une mise en scène commerciale, calculée et sans âme. La Voix de l’Arbre appartient malheureusement à cette seconde catégorie. L’auteur n’aurait peut-être pas dû écouter son fils en s’écartant de la voie qu’il avait lui-même tracée : celle d’un imaginaire à la fois érudit et inspiré. J’ai refermé ce roman avec la désagréable impression qu’il n’a été écrit que pour être vendu, avec pour unique argument de vente le nom de son créateur.
Et pourtant, la promesse était belle. Donner la parole à un arbre : voilà une idée d’une poésie folle, presque biblique. On s’attend à un hymne à la nature, à une méditation sur le temps, sur la sagesse immobile du vivant. Mais très vite, la branche ploie sous le poids d’une intrigue tirée par les cheveux. Werber veut nous sensibiliser à la disparition des forêts, à la fragilité de notre écosystème. Louable intention, certes. Mais la morale s’étiole lorsqu’elle se heurte à la contradiction d’un roman imprimé sur le cadavre même de ceux qu’il prétend défendre. J’exagère à peine, bien sûr ; mais l’ironie, ici, s’écrit d’elle-même.
Ce qui me dérange surtout, c’est la pauvreté du récit. Derrière la façade scientifique et les concepts biologiques qu’il effleure, jamais je n’ai eu le sentiment que ce que je lisais pouvait être vrai, ni même vraisemblable. L’immersion est constamment rompue par ces allusions de science-fiction maladroitement greffées au tronc narratif. Rien ne prend racine ; tout flotte, tout se délite.
Quant à la marque de fabrique de Werber – ces chapitres extraits de sa fameuse Encyclopédie –, ils m’apparaissent désormais comme des digressions plus décoratives qu’essentielles. Ce n’est pas en ajoutant quelques références scientifiques qu’on renforce la crédibilité d’un monde ; bien au contraire, cela souligne sa vacuité. L’érudition devient ornement, et la fiction perd son âme.
Le dénouement, lui, s’abandonne à une sorte de parabole écologique qui voudrait éveiller nos consciences. L’intention était noble, mais le résultat confine à l’absurde. Le dernier chapitre, censé nous bouleverser, ne fait qu’accentuer le sentiment de distance. Werber nous parle de la Terre, des arbres, des hommes – mais il ne parvient jamais à nous y faire croire. Le roman, au lieu de nous faire réfléchir, nous distrait à peine ; il s’agite là où il devrait respirer, il bavarde là où il devrait se taire.
Et je referme ce livre avec un pincement. Car je sais ce que Werber est capable d’écrire lorsqu’il écoute la vraie voix, celle de l’imaginaire, pas celle du marché.
D’autres lecteurs en parlent :
Si vous avez rédigé une chronique littéraire au sujet de ce roman, n’hésitez pas à me contacter afin que je puisse la mettre en avant ici-même.

