Le Cycle de Néméas, T.1 : L’éveil du Lion – Lakhesis

Quatre royaumes. Deux reines que tout oppose. Une guerre imminente.

Elles étaient tout l’une pour l’autre. Aujourd’hui, la reine Aéna est prête à mettre le continent à feu et à sang pour se venger de la reine Aubeline.

Rien ne pourra l’empêcher de parvenir à ses fins. Ni les canicules qui assèchent son royaume ni les armées des deux rois. Et encore moins les neiges éternelles qui recouvrent les terres d’Aubeline.

Rien vraiment ? Léandre, une mystérieuse aventurière n’est pas de cet avis. Elle est bien décidée à arrêter la guerre avant qu’elle n’éclate.

Ce qu’elles ignorent c’est qu’elles ne sont pas les seules à se livrer bataille. Les dieux tirent les ficelles depuis les constellations.

J’ai rencontré Lakhesis au Salon du Livre de Wallonie, un samedi d’octobre, dans cette effervescence joyeuse où les voix se croisent, où les stands se mêlent, où les mots bruissent comme des promesses. J’ai passé plusieurs fois devant le sien sans m’y arrêter. La faute à la foule ? À mes cabas déjà pleins à craquer de trente romans ? À un mauvais emplacement ? Non. Rien de tout cela. Si je ne me suis pas arrêté, c’est parce que je voulais me donner une raison de revenir le lendemain. Une excuse pour prolonger la fête. Le soir même, j’ai annoncé à mes trois filles que nous retournerions au salon le dimanche. Ce n’était pas un mensonge : c’était une promesse à la fois à moi-même et à mes envies. (Et, accessoirement, un petit soulagement pour leur grand-mère qui venait de survivre à trois heures d’énergie pure.)

Dès mon arrivée, un détail m’a frappé. Ce n’était pas seulement le stand, ni les couvertures magnifiquement illustrées par Hélène Pollet, mais le regard du jeune homme assis aux côtés de l’autrice. Un regard d’admiration tranquille, de fierté tendre. Cette image a suffi à me convaincre : je reviendrais. Le lendemain, ce fut mon premier arrêt, et, finalement, mon seul achat.

J’ai d’abord saisi, par réflexe, le tome 3. Comme attiré par une force invisible. C’est alors qu’une voix m’a interrompu :

— Il s’agit du tome 3… Je vous conseille de commencer par le premier.

En relevant la tête, j’ai croisé à nouveau ce regard, celui du compagnon de l’autrice. Puis celui de Lakhesis, lumineux et simple, qui m’a accueilli avec un sourire timide. Il y avait dans son attitude cette humilité rare des créateurs sincères : ceux qui ne cherchent pas à briller, mais à transmettre.

Je me suis plongé dans L’Éveil du Lion et j’y ai découvert un univers dense et cohérent, où l’on sent battre la passion de son autrice. Ce premier tome, introductif certes, n’en reste pas moins une promesse vibrante, celle d’un monde en expansion, d’intrigues en germination, d’âmes qui s’apprêtent à s’affranchir de leur destin. La plume de Lakhesis est d’une simplicité désarmante, mais d’une authenticité rare. Elle ne cherche pas l’esbroufe, elle raconte, elle émeut, elle transporte. Lire ce roman, c’est voyager sans guide, sans artifice, mais avec confiance.

Le dénouement, quant à lui, m’a profondément surpris. Là où j’attendais un rebondissement convenu, l’autrice a pris le parti de la liberté. Ses personnages se sont affranchis d’elle, comme si la fiction avait pris vie sous ses doigts. Ils lui ont échappé — et c’est peut-être le plus beau compliment que l’on puisse faire à un écrivain. J’ai refermé le livre avec ce sentiment à la fois doux et cruel : celui d’avoir été trompé, mais pour mon plus grand bonheur.

Je ne cacherai pas avoir rencontré deux petites difficultés au fil de ma lecture. La première tient à un détail typographique, un interligne plus aéré qu’à l’ordinaire, auquel mon œil de lecteur rapide a d’abord eu du mal à s’habituer. Mon regard, habitué à englober des blocs compacts, glissait trop lentement sur la page. Et pourtant, paradoxalement, cette mise en page s’est révélée d’un confort remarquable : lecture fluide, reposante, presque apaisante. Ce choix, je m’en suis rendu compte plus tard, rend aussi le texte accessible à ceux pour qui la lecture est un combat — un détail d’une grande bienveillance.

La seconde difficulté est plus technique : quelques coquilles, éparses, comme des grains de sable dans un bel engrenage. Par moments nombreuses, puis soudain absentes sur des dizaines de pages. Cela n’altère en rien le plaisir de lecture, mais mon œil d’instituteur et de linguiste n’a pu s’empêcher de les remarquer. Lakhesis m’a confié que la correction n’avait pas été assurée par ses soins, et qu’elle avait choisi, pour le deuxième tome, une nouvelle collaboratrice. Ce choix me rassure et témoigne d’une exigence que je reconnais et admire.

Car au fond, ce que je retiens de L’Éveil du Lion, ce n’est pas la forme, ni même le fond — c’est la sincérité. Celle d’une autrice qui écrit avec le cœur, et qui, à travers ses mots, nous rappelle que la fantasy n’est pas seulement un monde d’épées et de royaumes, c’est aussi une aventure humaine, faite d’âmes, de doutes et de lumière.

Note : 4 sur 5.
  • Prochainement

Si vous avez rédigé une chronique littéraire au sujet de ce roman, n’hésitez pas à me contacter afin que je puisse la mettre en avant ici-même.


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