
Autrice : Patricia Cornwell
Maison d’édition : Le livre de Poche (Calmann-Lévy)
Année de parution originale : 1997
Prix : 7,40 € (poche), 8,49 € (numérique)
Durée de lecture : Environ 7 heures (96.000 mots)

Kay Scarpetta a déjà croisé sur sa table d’autopsie des cadavres méthodiquement démembrés. Mais les étranges lésions observées sur les torses des victimes forment cette fois un puzzle macabre d’un genre inédit.
Qui se cache derrière le nom de « Mordoc », ce tueur en série qui défie Kay dans une partie de cache-cache mortelle ?
Aux sept fléaux de l’Apocalypse, il promet d’en ajouter un huitième. Et tout porte à croire qu’il détient une arme biologique d’une puissance redoutable. Le compte à rebours est enclenché…

Il y a des personnages de fiction qui deviennent, au fil des années, des compagnons de route. Kay Scarpetta fait partie de ceux-là. Retrouver son univers, c’est comme renouer avec une vieille amie qu’on admire pour sa force, son intelligence et ses failles. Avec Mordoc, huitième tome de ses enquêtes, Patricia Cornwell confirme à quel point elle excelle dans l’art de captiver, de plonger son lecteur dans l’obscurité des crimes et la froide lumière des salles d’autopsie.
Depuis près de trente ans, je lis Kay Scarpetta. Et si cela semble banal, il faut rappeler qu’au début des années 2000, croiser une héroïne féminine en tête d’un roman policier n’avait rien d’évident. Le genre était — et demeure encore — largement dominé par les figures masculines. En 2025, ce constat reste tristement d’actualité, comme en témoigne d’ailleurs un tout autre sujet de société : la place donnée aux femmes dans la médiatisation du sport, à l’image de la polémique récente sur Roland-Garros et la visibilité moindre accordée aux matchs féminins. Les préjugés persistent, dans la fiction comme dans le réel.
Mais refermons la parenthèse sociale pour plonger dans le vif du sujet. Relire Mordoc, c’est se rappeler pourquoi ce roman m’avait marqué à sa première lecture. Même en connaissant le dénouement — inoubliable, car Cornwell ne ménage ni son héroïne ni son lecteur —, l’impact reste entier. L’intrigue est redoutablement bien construite. L’autrice ne cède jamais à la facilité du twist artificiel ou de la révélation spectaculaire. Elle tisse son récit avec précision, insérant chaque élément comme un organe dans une structure vivante. L’angoisse progresse par paliers, avec un réalisme glaçant qui donne des frissons aux plus aguerris.
Mais ce tome est aussi, et surtout, celui où Kay Scarpetta s’humanise davantage. Ses blessures affectives, sa solitude, ses hésitations amoureuses, son passé avec Mark… Tout cela s’infiltre dans les failles de son professionnalisme de façade. C’est peut-être dans Mordoc que son humanité nous saute le plus au visage. Fini le masque d’acier : on y perçoit la femme derrière la médecin légiste, celle qui tente de maintenir l’équilibre entre ses morts et ses douleurs à elle.
Il faut cependant prévenir les âmes sensibles : lire Patricia Cornwell, c’est aussi s’immerger dans la médecine légale dans ce qu’elle a de plus cru. Oubliez les séries édulcorées : ici, les détails anatomiques, les odeurs de décomposition, les dissections minutieuses sont au cœur du récit. Les scènes d’autopsie ne sont pas des accessoires narratifs : elles sont la matière même de l’histoire. Si Philippe Boxho vous donne déjà des sueurs froides, vous feriez mieux de fuir cette lecture. Car Mordoc, c’est pire — et sans la moindre note d’humour pour alléger l’ambiance.
Ce roman reste l’un des plus réussis de la série. Il allie tension narrative, profondeur psychologique, et engagement presque documentaire dans le traitement des scènes médico-légales. Un polar d’une redoutable efficacité, qui continue, malgré les années, à fasciner, perturber et impressionner.
D’autres lecteurs en parlent :
- Les lectures de Mademoiselle FanFan
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- That one book reviewer
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