
Autrice : Mary Higgins Clark
Maison d’édition : Albin Michel
Année de parution originale : 1989
Prix : 8,40 € (poche), 7,99 € (numérique)
Durée de lecture : Environ 6 heures (86.000 mots)

Lorsque Ethel Lambston, célèbre journaliste au verbe acéré, disparaît sans laisser de trace, Neeve Kearny sent que quelque chose cloche. Cliente fidèle de sa boutique, Ethel préparait un article explosif sur les dessous du monde de la mode — un article que beaucoup auraient préféré ne jamais voir publié. Très vite, ce qui ressemblait à une fugue prend les allures d’un meurtre soigneusement dissimulé.
Fille d’un ancien préfet de police, Neeve se retrouve plongée dans une enquête où les apparences sont plus trompeuses que les plus beaux tailleurs. Tandis que les morts s’accumulent, un passé douloureux ressurgit, menaçant à nouveau ceux qu’elle aime.
Dans un New York glacé par la neige et les secrets, Mary Higgins Clark tisse un thriller glaçant et élégant, où l’élégance devient un piège, et où même les plus proches peuvent se révéler dangereux.

Après avoir lu la majorité des romans de celle que l’on surnomme « la Reine du suspense », je me suis lancé un défi particulier suite à l’annonce de son décès : revisiter l’ensemble de son œuvre dans l’ordre chronologique de ses publications. Cette septième étape, intitulée Dors ma jolie, se démarque immédiatement par un style narratif inhabituel pour Mary Higgins Clark.
Là où l’autrice nous avait habitués à des chapitres courts, nerveux et denses, véritables condensés de tension dramatique, elle propose ici un rythme beaucoup plus lent, avec des chapitres étonnamment longs et fragmentés entre de nombreux personnages. Cette approche, bien que cohérente et fluide dans l’ensemble, surprend et déstabilise le lecteur habitué aux récits haletants typiques de Mary Higgins Clark.
En refermant le roman, une interrogation demeure : quelle était réellement l’intrigue centrale ? Tandis que la quatrième de couverture oriente clairement vers la disparition mystérieuse d’Ethel Lambston, j’ai eu l’impression tout au long de ma lecture que ce meurtre initial passait progressivement au second plan, presque relégué à l’arrière-fond. Ce qui ressort véritablement du récit, ce n’est pas tant l’enquête criminelle elle-même que le destin fragile et menacé de l’héroïne, Neeve Kearny.
La tension ressentie ne provient donc pas du suspense lié à la disparition, mais bien davantage de la menace sourde et oppressante qui plane sur Neeve. On est alors en droit de se demander si Mary Higgins Clark n’aurait pas volontairement placé le meurtre au second plan, s’en servant comme d’un simple prétexte pour explorer plus profondément les angoisses et les blessures intimes de son personnage principal. Neeve, hantée par un passé douloureux, est constamment au bord du danger, donnant ainsi au lecteur une inquiétude bien plus viscérale que celle suscitée par l’enquête elle-même.
Ainsi, Dors ma jolie s’éloigne du schéma traditionnel auquel Mary Higgins Clark nous avait habitués. En choisissant un récit moins resserré, l’autrice perd sans doute en intensité immédiate, mais gagne en nuances psychologiques et émotionnelles. Un choix audacieux qui divise, certes, mais qui montre aussi toute l’étendue du talent d’une écrivaine capable de varier subtilement ses registres narratifs.
Si ce roman n’est probablement pas celui qui comblera les amateurs purs de suspense frénétique, il demeure une étape intéressante dans la bibliographie de Mary Higgins Clark, révélant une facette plus intimiste et introspective de son œuvre.
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