Gardiens des cités perdues, T.1 – Shannon Messenger

Depuis des années, Sophie sait qu’elle n’est pas comme tout le monde. Elle se sent à part à l’école, où elle n’a pas besoin d’écouter les cours pour comprendre. La raison ? Elle est dotée d’une mémoire photographique…

Mais ce n’est pas tout : ce qu’elle n’a jamais révélé à personne, c’est qu’elle entend penser les autres comme s’ils lui parlaient à voix haute. Un casque vissé sur la tête pour empêcher ce bruit de fond permanent de la rendre folle, elle se promène un matin avec sa classe au musée d’Histoire naturelle quand un étrange garçon l’aborde.

Dès cet instant, la vie qu’elle connaissait est terminée : elle n’est pas humaine et doit abandonner son existence entière pour rejoindre un autre univers, qu’elle a quitté douze ans plus tôt. L’y attendent une pléiade de nouveaux condisciples, amis et ennemis, et une question obsédante : qui est-elle ? Pourquoi l’a-t-on cachée dans le monde des humains ? Pourquoi n’a-t-elle que des souvenirs partiels de son passé ?

Il y a cinq ans, Gardiens des Cités Perdues de Shannon Messenger avait su m’envoûter au point de lui attribuer un 20/20 (chronique disponible ici), porté par un enthousiasme sans faille. Une relecture plus tard, mon regard s’est affûté, et derrière la magie de cet univers féerique se dessine une œuvre aux aspérités plus prononcées, notamment sur un point central : sa temporalité erratique.

Dès les premières pages, le lecteur est catapulté aux côtés de Sophie Foster, cette jeune fille surdouée qui découvre qu’elle appartient à un autre monde. L’intrigue, haletante, ne laisse aucun répit. Là où l’on pourrait s’attendre à une montée en tension progressive, le récit avance au pas de course, brûlant les étapes sans jamais permettre à l’histoire de respirer. En deux lignes, six semaines peuvent s’écouler sans qu’on en saisisse la substance, tandis que d’autres moments s’étirent sur plusieurs chapitres comme s’ils refusaient de s’effacer trop vite. Cette gestion du temps vacillante entrave l’immersion, et l’on se surprend à perdre pied, à chercher des repères qui ne viennent jamais vraiment.

L’univers, lui, conserve son charme. Messenger sait comment envoûter son lecteur, lui offrir un décor si vivant qu’on pourrait presque en sentir les effluves. Les Cités Perdues sont un mélange fascinant de magie et de modernité, et l’auteure a un talent certain pour rendre tangible ce monde qui défie la logique humaine. Mais ce monde, aussi splendide soit-il, semble parfois bâclé par la précipitation du récit, comme une toile impressionniste qu’on aurait voulu terminer en quelques coups de pinceau hâtifs.

Les personnages, quant à eux, restent solides et attachants. Sophie est une héroïne à laquelle on s’identifie facilement, et les figures qui l’entourent sont bien dessinées, chacune avec sa propre essence. Pourtant, si les relations et dynamiques entre eux fonctionnent, elles pâtissent elles aussi du rythme effréné du récit. Certaines évolutions semblent artificielles, forcées par l’urgence d’avancer plutôt que par une construction naturelle et progressive.

À travers cette relecture, Gardiens des Cités Perdues m’apparaît donc sous un jour nouveau. Loin d’être une lecture désagréable, elle demeure captivante, mais elle ne résiste pas aussi bien à l’épreuve du temps et de l’analyse. L’impression d’un tourbillon d’événements, où la chronologie se distend et se rétracte au gré des besoins narratifs, laisse un sentiment de déséquilibre qui tempère l’enthousiasme initial. Reste un roman qui sait séduire par son imaginaire foisonnant et son énergie, mais dont la mécanique, vue avec plus de recul, révèle des engrenages parfois rouillés.

Note : 4 sur 5.

Si vous avez rédigé une chronique littéraire au sujet de ce roman, n’hésitez pas à me contacter afin que je puisse la mettre en avant ici-même.


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