
Autrice : Lisa Gardner
Maison d’édition : Albin Michel
Année de parution originale : 2022
Prix : 14,95 € (poche), 7,99 € (numérique)
Durée de lecture : Environ 8 heures (128.000 mots)

Cinq amis partis célébrer un enterrement de vie de garçon dans les montagnes du Wyoming voient leur escapade tourner au cauchemar lorsque l’un d’eux disparaît mystérieusement. Malgré des recherches intensives, Timothy O’Day reste introuvable, laissant sa famille et ses proches hantés par l’absence de réponses.
Cinq ans plus tard, Frankie Elkin, enquêtrice autodidacte spécialisée dans les disparitions non résolues, décide de plonger au cœur de cette affaire troublante. Déterminée à retrouver des traces de Timothy, elle s’embarque dans une expédition au cœur d’une nature sauvage et impitoyable, guidée par un père désespéré, un ancien ranger et une équipe disparate.
Mais dans ces montagnes isolées où chaque pas peut être fatal, la vérité se cache derrière des ombres plus sombres qu’elle ne l’aurait imaginé. Et si la forêt elle-même gardait jalousement ses secrets ?
Lisa Gardner nous entraîne dans un thriller haletant, où chaque page explore les frontières du courage, de la survie et des zones d’ombre de l’âme humaine.

Il est des livres que l’on dévore en un souffle, happé par une intrigue qui nous maintient en haleine jusqu’à la dernière page. Dernière soirée fait indéniablement partie de cette catégorie, et pourtant, alors que j’écris ces lignes, un sentiment d’ambivalence m’habite. Car si j’ai dévoré ce roman sans pouvoir le lâcher, une question me taraude : que reste-t-il lorsqu’on referme le livre ?
Lisa Gardner sait assurément construire une toile narrative qui emprisonne le lecteur. Dès les premières pages, nous voilà transportés dans les forêts inhospitalières du Wyoming, une nature aussi belle que dangereuse, où chaque craquement de branche pourrait être le dernier. On avance aux côtés de Frankie Elkin, héroïne atypique et profondément humaine, et d’une équipe disparate de personnages rongés par leurs failles. Les dialogues claquent, les descriptions captivent, et la tension, palpable, devient presque suffocante par moments.
Mais, hélas, une fois les cinquante premières pages passées, l’illusion s’effrite. Là où l’autrice promet des détours et des chausse-trappes, on trouve des indices trop voyants, des fausses pistes trop évidentes. Avant même que le puzzle ne prenne forme, on devine la pièce manquante. Le coupable se dessine avec une telle clarté que le suspense – moteur essentiel de ce genre d’histoire – en ressort affaibli. Et lorsque le dénouement survient, c’est moins l’effet d’un choc que celui d’un air déjà entendu.
Malgré cela, il serait injuste de nier le plaisir de lecture que ce roman procure. Si l’intrigue manque de surprises, l’attachement aux personnages et le besoin viscéral de connaître leur sort nous poussent à tourner les pages sans répit. On partage leurs peurs, leurs espoirs et, parfois, leur désespoir face à cette forêt qui semble avaler les âmes autant que les corps. Ce n’est pas tant la destination qui compte ici, mais le voyage et les échos qu’il laisse en nous.
Un dernier point qui mérite d’être mentionné : la traduction française du titre. Passer de One Step Too Far à Dernière soirée semble presque une trahison à l’esprit du roman. Là où l’original suggère un faux pas, un pas de trop qui bouleverse tout, la version française se contente d’un titre générique qui n’évoque ni l’intrigue ni son essence. Dommage pour un roman où chaque détail compte.
En conclusion, Dernière soirée est un thriller efficace, mais imparfait. Un roman où la promesse initiale vacille sous le poids d’un dénouement trop prévisible, mais où l’expérience de lecture reste profondément captivante. Lisa Gardner n’a peut-être pas surpris, mais elle a su nous emmener là où peu osent s’aventurer : aux frontières de la peur et de la résilience humaine.

