

TOUT LE MONDE A UN INSTINCT ET TOUT EST PARFAIT.
L’Instinct est irrépressible et sert le NOUS.
Mais si le jeune Goliath, un Protecteur fracassé, sauve des vies, c’est aussi parce qu’il rêve de devenir Saint. Claire, elle, cache derrière son Instinct de Confidente un secret qui pourrait faire vaciller tout le système. Dans un monde où la Bureaucratie Instinctive est impénétrable, et où les détracteurs du NOUS œuvrent dans l’ombre, une chose les relie : leurs certitudes vont bientôt voler en éclats.

La plume de Christelle Dabos revient avec Nous, un roman qui ne s’encombre pas de demi-mesures pour nous plonger dans un univers dystopique où chaque souffle, chaque geste, est dicté par une entité omnipresente : l’Instinct. Une société régie par des principes implacables, où la valeur de l’être humain se calcule en points de vie sauvées. Dabos ne brosse pas ici un simple tableau dystopique; elle dissèque avec une précision presque chirurgicale les rouages d’un système oppressant, tout en nous offrant une galerie de personnages déchirants, vibrants d’humanité et de contradictions.
Dans les premières pages, nous rencontrons Marthe, réparatrice en devenir, une jeune femme à la fois docile et en proie à un profond mal-être. Sa vie est une routine bien huilée de vissage et de dévissage, dictée par son Instinct, ce mécanisme interne inébranlable qui semble tout définir à sa place. Pourtant, sous cette surface de conformité, l’autrice laisse entrevoir des fêlures : des pensées interdites, des aspirations à autre chose. Ces moments de doute, réflexion pure, sont l’étoffe d’une rébellion latente, d’un refus silencieux mais puissant de se laisser entièrement dévorer par le Nous. Dabos nous pousse à nous demander : à quoi bon une vie dictée par l’efficacité si elle perd toute âme ?
En parallèle, le personnage de Goliath, protecteur en herbe, vient contrebalancer cette introspection par une énergie brute et dévastatrice. Marqué dans sa chair par ses actes de bravoure, il incarne une autre facette de cette société : celle de l’obsession pour les performances. Le lecteur se retrouve en apnée lors de ses interventions, toujours sur le fil entre le triomphe et la tragédie. Mais là encore, Dabos refuse la simplicité. Goliath n’est pas un héros sans failles; il est hanté par un compte à rebours, un besoin d’être reconnu, et cette fameuse bosse sous ses côtes, symbole énigmatique d’un mal plus profond. Ce personnage, à la fois dévoré par son devoir et déchiré par des blessures intimes, hante l’esprit bien après avoir tourné la dernière page.
L’univers de Nous est un personnage à part entière. La bureaucratie instinctive, avec ses pin’s de rang et ses statuts sacrés, est à la fois fascinante et terrifiante. Chaque règle, chaque détail contribue à construire un monde où le collectif prime sur l’individu, au point d’éroder toute trace de liberté personnelle. Mais Dabos insère des touches subtiles d’ironie : l’absurdité des annonces à la recherche de proches disparus ou l’euphémie cynique des slogans gouvernementaux. Ces moments, presque burlesques, n’enlèvent rien à la gravité du propos; ils en soulignent plutôt l’inhumanité.
Le style de l’autrice est tranchant, immersif. Elle jongle habilement entre des descriptions saisissantes et des dialogues empreints de tension. Chaque scène semble calibrée pour maintenir une intensité constante, qu’il s’agisse d’un face-à-face tendu ou d’une course contre la montre. Pourtant, sous cette efficacité narrative, se cache une poésie brute : les instants de communion avec l’Instinct ou les rêves éveillés de ses personnages révèlent une profondeur métaphysique qui élève le roman au-delà de la simple dystopie.
Mais ce qui fait vraiment la force de Nous, c’est cette ambiguïté constante. Dabos ne propose jamais de solution facile. L’Instinct est-il un cadeau ou une malédiction ? Le Nous est-il une utopie ou une cage dorée ? Et surtout, dans une société où chaque vie est sacrée, quelle est la véritable valeur de l’humanité ? Ces questions restent ouvertes, comme un miroir tendu au lecteur, l’invitant à explorer ses propres réflexions.
Avec Nous, Christelle Dabos signe une œuvre magistrale, à la fois captivante et profondément réflexive. Une lecture qui remue, qui interpelle, et qui, comme tout grand roman, laisse une empreinte indélébile.
La conclusion du roman frappe par son audace et sa puissance émotionnelle. En offrant une fin ouverte, presque onirique, Dabos refuse de céder aux attentes du lecteur et choisit plutôt de le confronter à l’inconnu. Ce choix, à la fois frustrant et exaltant, renforce l’idée que Nous n’est pas simplement un récit à suivre, mais une expérience à ressentir, à méditer. C’est un appel à remettre en question nos certitudes, à réexaminer nos propres instincts, et à trouver, peut-être, notre propre voie dans le tumulte du Nous.
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- La garde de nuit (à partir de 6:47)

