
Auteur : Robert Jordan
Maison d’édition : IL EST MIDI
Année de parution originale : 2024
Prix : 20,00 € (broché)
Cette chronique est publiée dans le cadre d’un partenariat avec la maison d’éditions IL EST MIDI.

À Odessa, ville aux mille contradictions, Mathis erre, habité par un vide qu’il n’ose nommer. Entrepreneur désabusé, homme blessé par les déceptions de la vie, il observe le monde avec un mélange de cynisme et de lassitude. Mais une rencontre imprévue bouleverse son horizon : Sophia, une femme mystérieuse au regard lumineux, incarne l’amour qu’il croyait perdu à jamais.
Entre les cafés animés, les ruelles chargées d’histoire et le souffle des vagues de la mer Noire, Mathis entreprend un voyage à la fois extérieur et intérieur. Aux côtés de Mick, un compagnon d’infortune tout aussi écorché, il se confronte à ses peurs, ses désirs, et au souvenir d’un rêve qu’il avait enfoui, celui d’aimer et d’être aimé.
Dans cette quête d’absolu où l’amitié se mêle à la philosophie, où la lumière surgit du plus profond des ténèbres, François Brunhes-Bilous nous offre une ode à l’âme humaine et à sa capacité infinie de se réinventer.
Et si, dans l’oubli des rêves, se cachait la clé de notre renaissance ?

Le Rêve Oublié est une plongée fascinante dans les profondeurs de l’âme humaine. François Brunhes-Bilous y déploie une prose d’une intensité viscérale, capturant l’inconfort et la beauté des moments les plus troublants de l’existence. À travers les yeux de Mathis, un protagoniste aussi complexe que ses tourments, le roman explore la tension entre introspection et quête de sens, dans un décor vibrant et parfois oppressant : Odessa.
L’écriture au présent donne une immédiateté saisissante au récit, propulsant le lecteur au cœur des états d’âme de Mathis. Dans un passage marquant, l’auteur nous livre une scène où le héros, battu par l’insomnie et l’angoisse, se perd dans un désordre métaphorique : sa table de travail, symbole de sa vie en désarroi, devient le champ de bataille d’une lutte silencieuse contre le vide. Ce moment, presque banal, est transformé par la plume de Brunhes-Bilous en un tableau puissant, où chaque geste – repousser des piles de papiers, saisir un crayon, noircir une page – devient une rébellion contre l’abîme.
Il est pourtant indiscutable que cette richesse stylistique et émotionnelle a un prix. Les réflexions philosophiques et sociétales, bien qu’habilement écrites, ralentissent parfois l’intrigue, étirant des moments où l’action semble suspendue. Les transitions entre les scènes d’une intensité dramatique palpable et les digressions introspectives, bien que stylistiquement audacieuses, manquent de fluidité. Le lecteur peut se sentir désorienté, voire submergé, par cette alternance constante.
Il est également intéressant de noter que la tonalité introspective omniprésente, si elle offre une profondeur indéniable, peut paraître répétitive pour ceux qui espèrent une narration plus linéaire. Mais peut-être est-ce précisément ce chaos contrôlé qui fait la force du roman ? Le Rêve Oublié ne cherche pas à nous rassurer, mais à nous confronter à nos propres contradictions, à l’étrange beauté du désordre humain.
Ce roman est une œuvre audacieuse, qui ne ménage ni son lecteur, ni ses personnages. Entre lumière et ombre, désespoir et révolte, ce roman laisse une empreinte durable, comme un rêve qui refuse de s’éteindre au réveil.
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