

Menu du jour pour les policiers de la BAC : famille dysfonctionnelle et viande hachée à discrétion.
Après avoir fêté le nouvel an chinois, qui ouvre l’année du cochon, l’inspectrice Olmo disparaît dans des conditions inquiétantes. A son réveil d’un sommeil comateux, trois hommes gravitent autour de son lit, qui attendent de prendre part au festin.
Elena Blanco reprend du Service au sein de la Brigade d’analyse de cas pour mener une enquête qui les conduira dans une ferme sordide recelant des secrets inavouables. Ce 3ème opus de Carmen Mola s’enfonce davantage encore dans les tréfonds de l’âme humaine avec une famille de serial killers cannibales. Personne ne revient indemne de cet enfer.

L’Année du Cochon est un roman captivant, à la croisée du thriller psychologique et du drame humain, où Carmen Mola tisse une intrigue complexe autour de personnages aux prises avec leur propre identité, leurs peurs et leurs espoirs.
Ce qui marque d’emblée, c’est la capacité de l’auteure à plonger le lecteur dans un univers où l’intimité des personnages se dévoile progressivement, souvent de manière crue et déstabilisante. Valentina, protagoniste principale, est un personnage déchiré entre sa condition de femme étrangère et marginalisée en Espagne, et son désir de s’intégrer dans une société qui la repousse tout en exploitant sa vulnérabilité. Cette tension, si justement explorée, rappelle les thèmes chers à Schmitt, notamment la quête de soi face à un monde indifférent ou hostile.
Dans L’Année du Cochon, Valentina, enceinte d’un homme qu’elle n’aime pas et liée à une belle-famille dysfonctionnelle, devient le symbole d’une lutte intérieure : elle incarne à la fois la victime des circonstances et une force fragile, déterminée à protéger son enfant. Son mariage avec Antón, un homme terne et peu désirable, est dépeint comme un calvaire silencieux, où chaque geste, chaque parole non prononcée, pèse lourdement sur son existence. La beauté du roman réside dans cette exploration minutieuse du non-dit, de ces silences pesants qui remplissent l’espace entre les personnages et révèlent leurs angoisses profondes.
L’écriture de Carmen Mola, à la fois sobre et incisive, fait écho à une certaine dureté du monde rural espagnol, évoquant les odeurs de porcs et la saleté omniprésente dans la maison de ses beaux-parents. Ce réalisme brut tranche avec les rêves brisés de Valentina, qui aspire à une vie meilleure mais se trouve piégée dans un environnement étouffant. Ce contraste, entre rêve et réalité, est parfaitement maîtrisé et confère au roman une dimension presque tragique.
L’autrice joue brillamment avec l’ambiguïté morale. Le personnage de Dámaso, le beau-père de Valentina, est à la fois terrifiant et mystérieux. Sa présence dans la ferme familiale, son contrôle tacite sur la vie de Valentina et son attitude envers elle laissent planer un malaise permanent. On retrouve ici l’art de Carmen Mola pour construire des personnages à la lisière du bien et du mal, des hommes et des femmes tiraillés entre leurs instincts les plus sombres et leurs aspirations à une vie meilleure.
L’Année du Cochon est une œuvre sur la solitude. Que ce soit celle de Valentina, isolée dans un mariage sans amour, ou celle d’Antón, incapable de communiquer avec sa femme, chaque personnage semble enfermé dans sa propre prison intérieure. Cette solitude, accentuée par l’environnement rural et la rigidité des traditions familiales, se transforme en un silence presque assourdissant, où les cris de l’âme sont tus.
L’Année du Cochon est un roman magistral, riche en émotions et en réflexions sur la condition humaine. Carmen Mola dresse ici le portrait d’une femme en quête de liberté, prise dans les rouages d’une société patriarcale et rigide. Son style épuré et son regard acéré sur la psychologie humaine en font une œuvre puissante, qui ne laisse pas indifférent. À la manière d’Éric-Emmanuel Schmitt, Carmen Mola nous invite à questionner nos propres choix et à observer avec lucidité les zones d’ombre qui peuplent nos vies.
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