

Chaque famille a ses blessures et ses secrets…
Pendant une représentation de La Traviata au théâtre vénitien La Fenice, on annonce brutalement que le célébrissime chef d’orchestre allemand Wellauer ne pourra diriger la suite du spectacle. Le maître gît dans sa loge, le visage horriblement déformé par la douleur.
Le commissaire Brunetti se rend sur les lieux, et constate immédiatement que cette mort est suspecte : la victime présente tous les symptômes d’un empoisonnement au cyanure.
Brunetti, policier pragmatique et intuitif qui mène son enquête comme une étude de moeurs, découvrira dans l’envers du décor vénitien et dans les coulisses de l’opéra la véritable personnalité d’un être cruel qui avait suscité autant de haine que d’admiration.
Avec Guido Brunetti, Donna Léon a créé un personnage de l’envergure du Wexford de Ruth Rendell ou du Dalgliesh de P.D. James. Ce vénitien de pure souche, lucide, drôle et plein de tendresse pour les lieux et les gens, sait naviguer habilement dans les arcanes d’une hiérarchie policière engourdie et ses méthodes peu orthodoxes n’en sont que plus efficaces.
La Sérénissime, avec ses brumes, ses canaux et le dédale de ses ruelles et de ses places secrètes, offre un décor de choix à ses investigations.

Alors que le 31ème roman des enquêtes du Commissaire Brunetti vient d’être publié il y a quelques mois, je n’avais jamais tenté l’aventure aux côtés de Donna Leon. Etant un adepte du polar américain et détestant les auteurs français du genre, m’engager auprès d’une auteure italienne ne m’a jamais vraiment tenté.
En débutant Mort à la Fenice, mes craintes se sont rapidement vu confirmées. Une plume banale, un personne principal sans aucun charme, une enquête que le premier idiot pourrait résoudre sans lire la moindre ligne tant cela semble être évident sans oublier une intrigue cantonnée à Venise où l’auteure semble être totalement convaincue que seuls les Vénitiens sont dignes d’être considérés comme des êtres humains. Et je ne dis pas cela parce qu’elle n’hésite pas à considérer tous les belges comme des imbéciles…
Paradoxalement, malgré de très nombreuses lacunes pour un roman policier, j’ai passé un agréable moment aux côtés du commissaire Brunetti. Sa manière de faire est tellement simpliste et sans le moindre professionnelle permet de découvrir un style d’écriture que l’on ne rencontre nulle part ailleurs. Alors que le suspense n’existe tout simplement pas dans cet ouvrage, Donna Leon parvient à accrocher les lecteurs et les pousser à déterminer comment l’enquête sera résolue.
Et malgré une résolution bouclée en quelques lignes seulement, on se laisse facilement charmer par cette intrigue « Columbienne » où l’on est davantage intéressé par la démonstration que de la finalité de l’intrigue policière.

