La Roue du Temps, T.1 : L’oeil du monde – Robert Jordan

« La Roue du Temps tourne et les Âges passent, laissant des souvenirs qui deviennent des légendes. Dans ce monde d’ombre et de lumière où le bien et le mal se livrent une guerre éternelle, Puisse le Dragon s’envoler à nouveau. »

La Roue du temps tourne à mesure que les Ères se succèdent… Et bien vite elle va entraîner dans sa course effrénée Rand et ses amis, obligés de fuir leur village contre lequel de monstrueux géants ont lancé l’assaut. Jetés sur les routes, ils n’ont pas d’autre choix que de suivre Moiraine la magicienne, en direction de la cité de Tar Valon où ils seront enfin en sécurité ! Le temps presse, car l’un des compagnons est peut-être le Dragon réincarné, celui qui doit vaincre les Ténèbres…

Cela fait de nombreuses années que La Roue du Temps me fait de l’œil. Une série titanesque, 14 volumes au compteur, et un premier tome qui dépasse les 1400 pages. Pas exactement le genre d’engagement que l’on prend à la légère. Pendant des années, j’ai repoussé cette montagne littéraire, préférant d’autres ascensions plus rapides. Mais voilà qu’en ce début de novembre 2024, un miracle s’est produit : ma pile à lire était vide. Une première depuis vingt ans. Un désert de papier et d’encre. Alors, avec la folie douce de ceux qui cherchent un défi à la hauteur, je me suis lancé un pari insensé : lire toute la série en moins d’un an.

Dès les premières pages de L’Œil du Monde, j’ai su que ce ne serait pas une simple lecture. Il faut le dire franchement : ce roman est long. Et pas seulement en termes de pages. Jordan aime les descriptions comme un peintre aime son pinceau, et il s’en sert pour dessiner chaque feuille, chaque pierre, chaque regard. On peut reprocher au livre ses longueurs – et je serais le premier à dire que ces passages descriptifs doivent représenter 90 % du récit. Mais ce serait passer à côté de l’essentiel, car c’est justement cette immersion, ce luxe de détails, qui fait de ce roman une expérience inoubliable.

On entre dans l’histoire comme on entre dans un rêve trop réel, où tout – les Deux Rivières, les vastes plaines, les ombres rampantes des Myrddraals – semble avoir été là bien avant qu’on ouvre le livre. On entend le vent dans les arbres, on sent la menace dans l’air, on voit le Ténébreux à l’œuvre dans les cauchemars de Rand. Et plus on avance, plus on comprend que Jordan ne raconte pas une simple histoire. Il tisse un monde. On ne lit pas L’Œil du Monde, on s’y perd.

Les personnages, eux, sont à la fois familiers et profondément humains. Rand, Mat, Perrin, Egwene, Nynaeve… ils commencent comme des figures classiques, des archétypes presque trop reconnaissables. Mais Jordan les façonne doucement, comme un sculpteur qui donne vie à la pierre. Ils doutent, ils changent, ils apprennent. Moiraine, avec sa sagesse froide et ses secrets, est fascinante, tandis que Lan, le Gardien taciturne, dégage une force brute. Et plus on avance, plus on sent que ce voyage est bien plus qu’un simple périple. C’est une bataille pour l’âme du monde.

Mais soyons clairs : L’Œil du Monde n’est pas un roman qui se dévore à toute vitesse. C’est un voyage à pied, pas une course. Il faut accepter de s’attarder, de contempler les paysages, d’écouter les murmures de la Roue qui tourne. Et pour ceux qui s’abandonnent à ce rythme, la récompense est immense. Ce livre m’a happé, et malgré ses lenteurs – ou peut-être à cause d’elles – il s’est imposé comme l’une de mes plus belles lectures des dernières années.

Note : 4.5 sur 5.


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