

Nous plongeons dans l’univers de Livia, de ses 10 à ses 17 ans, une période où chaque émotion, chaque découverte, forge l’âme encore malléable de l’adolescence. Tout commence lorsque, poussée par une curiosité presque viscérale, elle tombe sur les carnets de vie de sa grand-mère, de vieux cahiers oubliés mais vibrants d’une vie passée. Inspirée, Livia décide de coucher sur le papier ses propres peines, joies, et tempêtes intérieures, transformant chaque page en un exutoire intime et brûlant.
Mais ces carnets ne se contentent pas d’être des reliques du passé. Ils deviennent des miroirs, des clés. Peu à peu, Livia découvre une vérité bouleversante : sa grand-mère n’a pas toujours été cette femme austère, fatiguée par les années et les désillusions. Elle a été jeune. Elle a aimé, elle a rêvé, et elle a souffert comme elle. Ce pont entre deux générations éclaire des chemins jusque-là invisibles, révélant une humanité partagée où les douleurs et les joies se transmettent autant que les souvenirs.
Ce roman, vibrant d’émotions brutes, n’a pas d’âge. Il tisse un lien puissant entre les générations, une toile où une petite fille peut prêter ce livre à sa grand-mère, et où cette dernière peut y retrouver l’écho de ses propres combats. Il parle aux cœurs féminins de tous âges, explorant les tourments, les espoirs et les rêves qui façonnent la vie des femmes à travers le temps. Un récit intime et universel qui transcende les années, comme une lettre écrite à toutes celles qui osent, un jour, regarder leur passé pour mieux comprendre leur présent.

J’ai croisé le chemin de ce récit au Salon du Livre de Wallonie, en Belgique, à un stand qui se dressait juste devant l’entrée, comme une invitation impossible à ignorer. Mes yeux, d’abord attirés par le seul thriller proposé par La Lucarne Indécente, ont fini par se poser sur Chroniques Z. Pourquoi ? La couverture, à elle seule, semblait raconter une histoire, comme une porte entrebâillée qu’on me défiait de franchir.
Aujourd’hui, à peine ma lecture achevée, une question me hante : comment ai-je pu ignorer l’existence de ce livre, publié pourtant depuis 2022 ? Quelques recherches rapides m’ont plongé dans un abîme d’incompréhension. Deux librairies, seulement deux, en Belgique le possèdent en stock. Pas la moindre critique littéraire sur le web. Rien. Le silence. Et pourtant, ce texte est un véritable joyau. Un chef-d’œuvre. Un de ces livres qui vous agrippent, qui ne vous lâchent plus et qui, longtemps après, résonnent encore.
Je ne suis pas un habitué des récits de vie. Trop souvent, ils me paraissent fades, comme des chroniques usées d’un quotidien déjà vu. Mais Savina Lenoble, elle, m’a pris à la gorge dès les premières lignes. Ce journal intime de Livia, je ne l’ai pas seulement lu. Je l’ai vécu. C’est comme si chaque émotion, chaque souffle, devenait mien. Et pourtant, la vie de Livia est à mille lieues de la mienne. Ce qui m’a touché, c’est l’incroyable sincérité de cette plume. Authentique, brute, viscérale.
Deux moments, en particulier, m’ont bouleversé.
D’abord, ce mardi 22 mars 2016, jour des attentats à Bruxelles. Une journée comme une autre, jusqu’à ce qu’elle chavire dans l’horreur. Savina Lenoble aborde ce drame avec une simplicité désarmante. Pas de surenchère, pas de pathos inutile. Juste des mots justes, qui transpercent. Et moi, incapable de retenir mes larmes.
Puis, il y a les écrits de Granny. Ces passages où la mise en page change, où une police manuscrite vient donner corps à une voix d’un autre temps. Ce choix typographique est une idée lumineuse, presque magique, qui fait vibrer les souvenirs enfouis de cette grand-mère confrontée aux rigidités de son époque. J’aurais aimé, peut-être, que ces lignes soient manuscrites par l’autrice elle-même, mais qu’importe. Chaque mot résonne, chaque phrase frappe avec une intensité inattendue.
Chroniques Z n’est pas un livre comme les autres. C’est une expérience. Un voyage dans l’intime, un miroir tendu où l’on finit par voir un peu de soi, même là où on ne l’attendait pas. Un texte qui mérite d’être crié, partagé, et surtout, lu.

